(Montréal) La FTQ et la FTQ-Construction demandent au gouvernement du Québec de s’assurer que les chantiers de construction qui se multiplient en région, dans le cadre de la relance économique, donnent bel et bien des emplois aux travailleurs de la construction des régions concernées.

Lia Lévesque
La Presse Canadienne

Les dirigeants des deux organisations syndicales, Daniel Boyer et Éric Boisjoly, viennent d’adresser une lettre à cet effet au ministre du Travail et de l’Emploi, Jean Boulet, ainsi qu’aux ministres du gouvernement Legaut qui représentent des régions.

Dans le domaine des relations de travail dans l’industrie de la construction, ce principe s’appelle la priorité d’embauche régionale.

De vives tensions avaient déjà éclaté sur la Côte-Nord, parce que les travailleurs de la construction de la Côte-Nord voyaient des travailleurs d’autres régions débarquer pour réaliser des chantiers dans leur région, pendant qu’eux ne travaillaient pas. La question avait d’ailleurs été abordée lors des audiences de la commission Charbonneau.

En entrevue jeudi, le directeur général de la FTQ-Construction, Éric Boisjoly, a plaidé pour « un équilibre » entre les besoins des entrepreneurs et ceux des travailleurs qui veulent travailler dans leur patelin.

Il rappelle d’ailleurs que, dans le cas de la Côte-Nord, un comité avait été créé pour calmer le jeu, réunissant des entrepreneurs, des syndicats, des municipalités. Et cela avait permis de trouver un terrain d’entente, note-t-il.

« Quand il y a des travaux à l’extérieur des grands centres métropolitains comme Montréal et Québec — on s’en va en Outaouais, en Abitibi, en Gaspésie — ces compagnies-là prennent des contrats là-bas, puis, quand elles arrivent, elles essaient d’emmener la main-d’œuvre qu’elles connaissent. Mais ça, ce que ça fait, c’est laisser sur place nos gens en région qui ont vraiment la compétence et l’expérience pour faire ces mêmes travaux. Alors ça fait toujours un climat de travail malsain », a illustré M. Boisjoly.

Cette question de la mobilité de la main-d’œuvre et de la priorité d’embauche régionale est d’autant plus importante que le gouvernement Legault a misé, pour sa relance économique, sur les projets d’infrastructures dans plusieurs régions.

« Grâce au système actuel, 85 % à 96 % des heures travaillées sont effectuées par des travailleurs et des travailleuses provenant de leur région (sauf la Côte-Nord, où le taux est de 52 %). Notre objectif est de conserver cette stabilité dans toutes les régions, sans exception », écrivent MM. Boyer et Boisjoly dans leur lettre aux ministres.

Il importe de souligner que l’Alliance syndicale, dont fait partie la FTQ-Construction, s’affaire justement à négocier le renouvellement des conventions collectives dans l’industrie de la construction. Et cette question de la mobilité de la main-d’œuvre et de la priorité d’embauche régionale est traditionnellement un point en litige.

Les entrepreneurs apprécient, de leur côté, le fait de bénéficier d’une marge de manœuvre et de pouvoir employer les travailleurs avec lesquels ils sont familiers et dont ils connaissent les habiletés.