Signe que les bouteilles de vin québécois ont bel et bien trouvé une place de choix dans les apéros et les repas des consommateurs : les ventes ont augmenté de 18 % en 2020, une autre année record, selon un portrait du marché dressé par le Conseil des vins du Québec (CVQ). Au total, l’an dernier, il s’est produit 2,3 millions de bouteilles.

Publié le 25 mars 2021
Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

À la lumière des données obtenues, qui ont été révélées mercredi dans le cadre de l’assemblée générale annuelle du CVQ, la pandémie a non seulement contribué à stimuler l’achat de vin local, mais elle a aussi permis aux épiceries fines d’augmenter leur part de marché de 10 % à 17 %, notamment en raison de la fermeture des restaurants.

Conséquemment, beaucoup de ces commerçants ont enregistré une hausse de leurs ventes de vins d’ici, comme c’est le cas au Marché des saveurs, où le copropriétaire Simon Beaudoin confirme une augmentation de 12 %.

« L’augmentation de cette part de marché, c’est aussi l’effet du nombre, soutient celui qui fait affaire avec une vingtaine de producteurs de vin. Il y a beaucoup plus de points de vente qu’avant. »

M. Beaudoin rappelle qu’en décembre 2016, la loi a permis aux producteurs de vendre leurs produits dans les dépanneurs, dans les grandes surfaces ou dans d’autres petits commerces, comme les boucheries.

Et le nombre d’endroits où l’on peut se procurer du vin québécois pourrait continuer d’augmenter. Louis-Philippe Mercier, sommelier et copropriétaire de La Boîte à vins, qui a lui aussi noté une hausse de ses ventes et qui ouvrira cette année deux nouvelles succursales — en plus de celles de Belœil et du quartier Rosemont —, s’inquiète de son côté de voir plusieurs restaurants se métamorphoser en épiceries fines.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Louis-Philippe Mercier, sommelier et copropriétaire de La Boîte à vins

Il y a plusieurs restaurants qui sont en train de se transformer en épiceries fines et, par le fait même, vont faire rentrer des vins du Québec. On s’en va vraiment vers une formule hybride.

Louis-Philippe Mercier, sommelier et copropriétaire de La Boîte à vins

« Il va falloir s’asseoir avec les restaurateurs, ajoute-t-il. En tant qu’entrepreneur, je n’ai pas envie qu’il y ait 400 nouveaux points de vente à Montréal et que ça vienne cannibaliser les ventes. »

« On ne veut pas pointer du doigt les restaurants, tient-il à dire. Ils ont eu une année très, très difficile. Il faut juste que ça soit bien fait. Il faut aussi que le vignoble du Québec soit capable de répondre à la demande. »

La SAQ et les grandes surfaces

Du côté de la Société des alcools du Québec (SAQ) et des supermarchés, les parts de marché des vins québécois sont demeurées stables en 2020 par rapport à l’année précédente. La Société d’État représente 35 % des volumes de ventes (2020 et 2019), alors que ceux des grandes surfaces sont de 11 % en 2020, comparativement à 10 % en 2019.

La SAQ a toutefois connu une hausse des ventes de produits viticoles d’ici de 48 % d’avril à décembre 2020, pour un total de 712 361 bouteilles, selon les chiffres fournis par la société d’État. Metro, pour son exercice allant de septembre 2019 à septembre 2020, a pour sa part noté une hausse de 25 %. L’enseigne fait affaire avec 37 vignerons. Du côté d’IGA, on parle de « l’une des meilleures années pour les vins québécois », sans toutefois donner de chiffres pour quantifier cette croissance. L’enseigne achète les produits d’une quinzaine de producteurs.

Approvisionnement et raisins

Cette explosion des ventes réjouit le président du Conseil des vins, Louis Denault. Mais elle n’est pas sans causer des problèmes d’approvisionnement, souligne-t-il. Une situation qui inquiète également les marchands interrogés. Alors que la production de vin est demeurée stable au cours des deux dernières années, la demande, elle, augmente.

« Des épiceries fines, on dirait qu’il en pousse une chaque semaine, lance M. Denault en riant. On ne peut même plus suffire à la demande. Je ne sais pas comment on va le faire avec ce réseau-là. La SAQ court aussi après les produits. Il y en a un qui va écoper quelque part parce qu’on n’a pas beaucoup plus de raisins. C’est dommage, on va manquer de vin. »

La solution ? « Il faut planter de la vigne », répond simplement le président du CVQ. Lueur d’espoir, selon le rapport, la superficie totale de vignes a augmenté de 5 % en 2020. « Un peu plus de la moitié des vignerons (54 %) ont mentionné vouloir agrandir leur superficie de vignes d’ici les 3 prochaines années, peut-on lire. Quand ces intentions d’agrandissement vont se concrétiser, cela représentera une hausse de 26 % des superficies de vignes au Québec d’ici les 3 prochaines années — environ + 7 % à + 9 % par année. »

Quelques chiffres

• Nombre de bouteilles produites en 2020 : 2,3 millions
• Nombre de producteurs : 145
• Nombre d’hectares de vignes : 800
• Nombre de cépages offerts au Québec : 70
• Cépages que l’on retrouve le plus : vidal, frontenac, marquette, seyval

Source : Les vins du Québec — Portrait du marché 2020