Les 350 000 travailleurs québécois qui ont un faible niveau de littératie coûtent 4,9 milliards de dollars au PIB du Québec, selon une étude dont les résultats seront dévoilés la semaine prochaine lors de l’évènement virtuel AlphaRéussite, organisé par la Fondation pour l’alphabétisation et le Fonds de solidarité FTQ.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

Le Québec est l’un des pires élèves du Canada au chapitre de l’alphabétisation. Il se classe au 10e rang, selon la nouvelle étude. Pour rattraper le niveau de littératie de l’Ontario, il faudrait que 350 000 travailleurs québécois améliorent leur niveau.

Si, depuis quelques années, les entreprises ont profité de subventions des gouvernements pour innover, se moderniser, automatiser et prendre le virage du 4.0, elles ont maintenant besoin d’employés ayant un niveau de littératie assez élevé pour pouvoir travailler dans ce contexte de modernité.

« On a beau mettre des millions de dollars en innovation, si à la base les employés ont de la difficulté à lire leur outil de travail juste pour le calibrer comme il le faut, eh bien, je ne dis pas qu’on a perdu notre argent en innovation, mais on a un sérieux handicap pour améliorer notre performance et compétitionner non seulement sur le plan local, mais aussi sur le plan international. Et c’est un drame », a déclaré André Huberdeau, président de la Fondation pour l’alphabétisation, lors d’un évènement organisé jeudi pour les membres du Conseil du patronat du Québec.

Avant la crise, les trois quarts des postes affichés dans le secteur manufacturier, des postes d’entrée, requéraient moins qu’une cinquième secondaire, relève Véronique Proulx, PDG de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ). Actuellement, avec la révolution technologique dans le secteur manufacturier, les entreprises qui offrent des postes d’entrée doivent faire des tests supplémentaires à l’embauche pour s’assurer que les candidats ont les compétences nécessaires en littératie et en numératie, indique-t-elle.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Véronique Proulx, PDG de Manufacturiers et Exportateurs du Québec

« De plus en plus, on travaille avec des tablettes et la technologie, rappelle Véronique Proulx, lors d’un entretien téléphonique. On a besoin de gens qui sont capables d’évoluer au fur et à mesure qu’on intègre ces nouvelles technologies dans les entreprises. Si les gens n’ont pas le niveau nécessaire en littératie et en numératie, ça devient un enjeu majeur. »

La moitié des Québécois en difficulté

« Il y a cinq niveaux de littératie, qui est la capacité de lire, d’écrire et de comprendre, a expliqué le président de la Fondation pour l’alphabétisation. Si on n’a pas atteint le niveau trois sur les cinq, ça veut dire qu’on a de sérieuses difficultés à comprendre [un texte] et à écrire. »

En 2012, 53,2 % des Québécois de 16 ans à 65 ans avaient de la difficulté à atteindre le niveau 3. En 2021, cette proportion oscille autour de 50 %, selon les estimations de la nouvelle étude.

Ce qui signifie que la moitié des Québécois ne savent pas extraire l’information contenue dans un article de fond dans un journal, une étude ou un manuel requis pour leur travail, indique sur son site la Fondation Lire pour réussir, qui donne une description de chacun des niveaux de littératie.

La semaine prochaine, les données détaillées de l’étude seront dévoilées en présence de Jean Boulet, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale. La Fondation pour l’alphabétisation dressera l’état de la situation dans un contexte de relance économique postpandémie, où la province aura besoin de toute sa main-d’œuvre disponible.

« Pour les entreprises, cette statistique malheureuse pour le français au Québec vient fragiliser la relance économique, soutient au téléphone Karl Blackburn, président du Conseil du patronat. En mars 2020, notre société a été plongée dans le XXIe siècle, et c’est clair que cet enjeu-là et le faible niveau de littératie comportent leur lot de défis », conclut-il.