Le gouvernement de Doug Ford avait promis de réduire le coût de l’électricité des grandes entreprises, qui avait explosé au cours des dernières années. Il a concrétisé cette promesse dans son dernier budget, mais elle coûtera 15,2 milliards aux contribuables ontariens, qui paieront la facture.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Le coût de cette mesure destinée à améliorer la compétitivité des entreprises sera de 2,8 milliards pour l’ensemble des contribuables ontariens au cours des trois prochaines années et de 15,2 milliards d’ici 2040, a calculé le Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario, l’équivalent du directeur du budget à Ottawa.

En gros, le gouvernement prend à sa charge la partie du coût de l’électricité des entreprises qui provient des contrats d’énergie verte conclus entre 2009 et 2019, dont certains sont en vigueur jusqu’en 2040. Ça signifie une réduction immédiate de 14 % de la facture annuelle d’électricité pour 1400 grandes entreprises, comme les constructeurs automobiles et les papetières, et une baisse de 16 % pour les grands clients commerciaux.

Les subventions aux grandes entreprises diminueront à mesure que les contrats d’approvisionnement en énergie verte prendront fin. Entre 2009 et 2019, en vertu du Green Energy Act mis en place par le gouvernement de Dalton McGuinty, l’Ontario a conclu plus de 33 000 contrats avec des producteurs d’énergie renouvelable, solaire et éolienne surtout, à des coûts élevés.

Le programme, qui devait susciter des investissements importants et relancer l’économie ontarienne ébranlée par les déboires de l’industrie automobile en 2008, s’est avéré « un désastre magistral », selon le spécialiste en énergie Jean-Thomas Bernard.

Le gouvernement Ford a aboli le programme à son arrivée au pouvoir, mais les contrats conclus doivent être respectés. Or, entre 2009 et 2019, le prix moyen de l’électricité est passé de 6,22 cents le kilowattheure à 12,6 cents le kilowattheure.

Améliorer la compétitivité

La décision de subventionner les tarifs industriels devrait améliorer la compétitivité des entreprises ontariennes, qui se plaignaient depuis des années de payer l’électricité plus cher que partout ailleurs au Canada. Selon le Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario, la facture des grandes entreprises sera maintenant inférieure à celles de huit marchés voisins, dont le Michigan, l’Ohio et le Wisconsin. Le Québec ne fait pas partie des marchés de comparaison.

Du Québec, les entreprises s’inquiètent tout de même de la réduction du coût de l’électricité des entreprises en Ontario. « Ce qui est inquiétant pour nous, c’est que partout ailleurs, la tendance des prix est à la baisse, alors qu’ici, la tendance est à la hausse », a dit Jocelyn Allard, président de l’Association québécoise des consommateurs industriels d’électricité, qui représente les plus gros clients d’Hydro-Québec.

L’association avait réclamé en vain une baisse ou un gel du tarif industriel (tarif L) pour 2021. Le tarif L augmentera de 0,845 % à compter du 1er avril. « Le tarif L reste peut-être un meilleur tarif, mais il l’est moins [qu’avant] », dit Jocelyn Allard.

Selon Hydro-Québec, les entreprises installées au Québec n’ont pas à craindre une perte de compétitivité par rapport à l’Ontario.

Selon notre analyse, malgré la décision du gouvernement en Ontario, le prix de l’électricité reste deux fois moins élevé au Québec pour les grands clients industriels et 1,9 fois moins cher pour les clients commerciaux.

Cendrix Bouchard, porte-parole d'Hydro-Québec

En Ontario, la décision du gouvernement Ford de subventionner les tarifs des grandes entreprises passe mal. « Le gouvernement donne de l’argent à de grandes entreprises industrielles et commerciales rentables au lieu d’améliorer les services publics », a dénoncé le président du Syndicat des employés de la fonction publique de la province, Fred Hahn.

Il a pointé Loblaw, entreprise qui a beaucoup profité de la pandémie et qui recevra de l’argent du gouvernement pour payer ses factures d’électricité. « On parle de 15 milliards qui auraient dû servir à financer les soins de santé, les écoles, les équipements de protection pour tous les travailleurs et la réduction des listes d’attente en chirurgie. »