Le PDG de la SCHL reconnaît que son organisation s’est trompée dans ses prédictions sur le marché immobilier post-pandémie. En mai dernier, la SCHL tablait sur une baisse des prix des maisons entre 9 et 18 % et disait craindre une augmentation des défauts de paiements hypothécaires.

Antoine Trussart Antoine Trussart
La Presse

C’est plutôt l’inverse qui s’est produit, avec un marché immobilier de plus en plus cher et le taux de défauts de paiement hypothécaire qui reste relativement stable autour de 0,22 %.

Sur Twitter, le PDG de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), Evan Siddall, a fait son mea culpa lundi matin. « À l’époque, les temps étaient incertains et je sentais qu’un avertissement sur le risque de prix de l’immobilier était responsable », écrit-il.

Il rappelle que la prédiction de mai 2020 qui parlait d’une baisse de 18 % des prix sur le marché immobilier était un scénario pessimiste et improbable. Il reconnaît que son organisation n’avait pas prévu que les ménages augmenteraient leur taux d’épargne, que l’immigration serait réduite et que les banlieues connaîtraient un regain de popularité important.

« Nous n’avons jamais prétendu avoir une boule de cristal, conclut M. Siddall dans son enfilade. Nous ne sommes pas non plus omniscients sur le logement. Nous voulions contribuer au discours même s’il était difficile d’être précis sur l’avenir. Avec le recul, nous aurions pu clarifier cela. »

À l’époque, la sombre prévision de la SCHL avait fait écarquiller bien des yeux dans l’industrie au Québec.

« La prévision de la SCHL a envoyé un message de prudence aux consommateurs, reconnaît toutefois Alexandre Forgues, développeur immobilier à Montréal. C’était une période où tout le monde se questionnait et était inquiet. La pandémie c’était de l’inconnu pour tous. »

Au moment où elles ont été rendues publiques, les prévisions n’ont pas affecté le marché immobilier sur le terrain. « Ça n’a pas eu d’impact dans le bureau des ventes », raconte-t-il.

Une prévision qui se sabote elle-même

La prévision pessimiste de la SCHL a peut-être mené à la promulgation de mesures gouvernementales qui ont ensuite fait en sorte que le marché n’est pas parti à la baisse, explique Amine Ouazad, professeur à HEC Montréal.

« Evan Siddall n’est pas un spectateur du marché immobilier, il joue un rôle important, rappelle M. Ouazad. Il a bien fait de s’inquiéter d’une baisse des prix de l’immobilier. »

« Avec un laissez-faire, on aurait pu avoir une chute de prix », résume M. Ouazad. La prévision a aussi pu avoir un impact sur la décision du gouvernement Trudeau de mettre en place de nombreuses mesures de soutien au revenu des ménages canadiens.

Le mea culpa de M. Siddall est peut-être prématuré, selon Amine Ouazad, car le marché immobilier vit actuellement une fièvre spéculative et les prix pourraient toujours redescendre.

Evan Siddall quittera ses fonctions à la tête de la société d’État le 6 avril prochain. Il sera remplacé par Romy Bowers, l’actuelle première vice-présidente de la Société, qui entamera un mandat de cinq ans.

« La question qui se pose pour la successeure de M. Siddall ce sera comment rendre le logement abordable sans réduire la richesse des propriétaires », dit Amine Ouazad.

Relire la chronique de Stéphanie Grammond de l’été dernier sur le patron de la SCHL

Une hausse généralisée en 2020

Les prix de l’immobilier ont grimpé dans tous les grands marchés canadiens au courant du troisième trimestre de 2020, selon la dernière étude publiée par la SCHL, dépassant toujours les estimations supérieures faites par la société d’État.

À Montréal, la Société prévoyait un prix moyen de vente entre 385 000 $ et 410 000 $ entre juin et septembre 2020, alors que la donnée réelle est finalement de 489 000 $.

La SCHL considère toujours que les défauts de paiements hypothécaires pourront augmenter dans les prochains mois, alors que les propriétaires ne bénéficient plus des reports de paiements mis en place par les grandes banques au printemps dernier.

À Montréal, 9 % des hypothèques assurées par la SCHL faisaient l’objet d’un report de paiement en juillet dernier. Ce chiffre est baissé à 2 % en octobre.