Ça se vend à l’once, mais ça se produit à la tonne. La production d’or dans le monde dépasse les 3000 tonnes par année, ce qui constitue, aux prix actuels du marché, un trésor fabuleux pour les entreprises et les pays qui en produisent.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Bon an, mal an, ce sont les mêmes pays qui se partagent le magot. La Chine arrive en tête, et le Canada occupe généralement le cinquième rang des principaux producteurs mondiaux.

L’attrait de l’or auprès de l’humanité ne s’est jamais démenti avec le temps. Depuis des siècles, le métal est apprécié pour sa beauté, sa rareté et son caractère inaltérable. L’or est devenu une valeur refuge pour les investisseurs quand tout le reste est inquiétant ou va carrément mal.

En 2020, quand le coronavirus a frappé, le prix de l’once d’or a atteint un record, à plus de 2000 $ US sur les marchés boursiers. On pouvait s’y attendre. Mais contrairement à ce qu’on peut penser, 2020, l’année de tous les dangers pour l’économie mondiale, n’a pas été une grande année pour le métal.

La demande d’or physique a chuté de 14 % en 2020, par rapport à 2019, selon le World Gold Council (WGC), regroupement des principales sociétés aurifères mondiales. Il faut remonter à 2009 pour retrouver une demande totale aussi faible.

Si l’or a été affecté par la pandémie, ce n’est pas parce que les investisseurs l’ont délaissé. Comme c’était prévisible, l’extrême incertitude a fait augmenter la demande d’or des investisseurs, qui a bondi de 40 %, selon le WGC.

Avec les vaccins qui alimentent les espoirs de reprise économique, l’appétit pour l’or diminue. Le prix du métal est en forte baisse depuis le début de l’année, ce qui indique que la relation entre le risque perçu par les investisseurs et le prix de l’or fonctionne toujours.

Pas de ruée

Les investisseurs inquiets ne sont pas les principaux acheteurs pour l’or produit dans le monde. L’achat d’or à des fins d’investissement compte pour moins de 30 % de la demande totale.

C’est la fabrication de bijoux qui alimente la demande pour le métal. Au total, la joaillerie compte pour près de la moitié du marché de l’or. Ce secteur a été gravement atteint par la pandémie, qui a entraîné la fermeture des bijouteries et reporté nombre de fiançailles, mariages et autres célébrations où on s’échange des cadeaux dorés.

Le prix élevé de l’or, alimenté par les investisseurs qui n’achètent pas de métal, mais des titres liés au prix de l’or, a aussi contribué à refroidir ceux qui en achètent. La demande du secteur de la joaillerie a chuté de 38 % en 2020, ce qui a pratiquement effacé la hausse du côté des investisseurs.

Les banques centrales acquièrent aussi de l’or pour mettre dans leurs réserves et se prémunir de chocs comme la chute brutale de la valeur de leur monnaie. Après l’avoir délaissé, les banques centrales se sont remises à acheter de l’or au cours des dernières années. Cette source de demande d’or physique s’est aussi tarie l’an dernier, et les banques centrales ont acheté 59 % moins de métal que l’année précédente.

Il y a aussi de l’or dans plusieurs produits de haute technologie, qui sont un marché de plus en plus important. Un iPhone, par exemple, contient 0,034 g d’or, et il y aurait même plus d’or dans une tonne de ces téléphones intelligents que dans une tonne de minerai extrait de la mine.

La pandémie a affecté le secteur de la technologie, malgré une forte demande pour à peu près tous les produits électroniques. Les chaînes d’approvisionnement ont été perturbées, et la production a ralenti, ce qui a eu un impact sur la demande de l’or en provenance de ce marché, qui a reculé de 7 %.

L’or n’est donc pas immunisé contre une pandémie, mais, c’est là une de ses particularités, la demande en baisse n’a pas empêché son prix de monter.