(Washington) Le marché de l’emploi américain, décimé par la pandémie, est « très loin » d’être solide et l’expérience des récessions passées montre que cela pourrait prendre « des années » pour revenir au plein emploi d’avant la pandémie, a prévenu mercredi Jerome Powell.

Delphine TOUITOU
Agence France-Presse

Le président de la Banque centrale américaine (Fed) a par ailleurs assuré que l’institution allait maintenir sa politique accommodante en dépit des craintes d’économistes de l’inflation et d’une surchauffe de l’économie.

Outre une campagne de vaccination massive pour mettre fin à la crise sanitaire provoquée par la COVID-19, il faudra une série de mesures gouvernementales efficaces pour panser les plaies du marché du travail, a estimé Jerome Powell dans un discours consacré au marché de l’emploi devant le Club économique de New York.  

« Malgré une reprise étonnamment rapide (au printemps 2020), nous sommes encore très loin d’un marché du travail solide, dont les avantages sont largement partagés » au sein de la population, a-t-il souligné, notant que le taux de chômage réel est de 10 %.

Les statistiques officielles du chômage ont fait apparaître un taux de 6,3 % pour le mois de janvier.

Les propos de M. Powell interviennent en plein débat sur le gigantesque plan d’urgence de 1900 milliards de dollars proposé par le nouveau président Joe Biden pour aider les PME et les ménages les plus vulnérables.

En février 2020, avant la propagation de la pandémie aux États-Unis, le chômage était tombé à son plus bas niveau en 50 ans.

M. Powell rappelle que toutes les catégories de personnes, y compris les travailleurs noirs, bénéficiaient alors du plein emploi, avec des revenus en hausse en particulier pour les plus bas revenus.

Venir en aide aux Américains

« La reprise dépend toujours de la capacité à contrôler la propagation du virus », a rappelé Jerome Powell, soulignant que cela nécessitait des vaccinations en masse en plus d’une « vigilance continue » en matière de distanciation physique et de port de masque.

Si au début de la pandémie, l’augmentation du chômage était presque entièrement due à des pertes d’emplois temporaires qui sont ceux que l’on recrée le plus rapidement, la persistance de la pandémie affecte aussi désormais les emplois permanents et le chômage s’est installé dans la durée pour des millions de personnes.

En janvier, les États-Unis comptaient 10 millions d’emplois en moins qu’en février 2020, a déploré le patron de la puissante institution.  

« Compte tenu du nombre de personnes ayant perdu leur emploi et la probabilité qu’un grand nombre aura du mal à trouver du travail dans l’économie post-pandémique », cela exigera « plus qu’une politique monétaire accommodante », a-t-il commenté.

« Il faudra un engagement à l’échelle de la société, avec des contributions de l’ensemble du gouvernement et du secteur privé ».

Il s’est toutefois gardé de commenter la pertinence du montant du plan voulu par Joe Biden.

« La question de savoir combien dépenser et sur quoi dépenser est vraiment une question pour le Congrès », a-t-il dit.

Jerome Powell a toutefois tempéré le risque d’une inflation galopante, hypothèse soulevée par certains économistes.

« L’inflation a été beaucoup plus faible et plus stable au cours des trois dernières décennies qu’auparavant », a-t-il souligné.  

La « politique monétaire patiemment accommodante » de la Fed tient compte de cet historique, a-t-il ajouté.

Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton et principal conseiller économique de Barack Obama, avait mis en garde la semaine dernière contre « des pressions inflationnistes inédites depuis une génération » si le plan Biden d’un montant de 1900 milliards de dollars était adopté.

Jerome Powell a été clair : la Fed n’augmentera pas les taux d’intérêt ou ne réduira pas son programme d’achat d’actifs agressif – 120 milliards de dollars par mois – dès les premiers signes d’un marché du travail vigoureux.

La priorité est, selon lui, de venir en aide aux Américains, un argument avancé aussi par la nouvelle administration Biden face aux critiques.