(Washington) Joe Biden a promis vendredi d’« agir vite » face aux difficultés économiques des Américains liées à la pandémie, martelant sa volonté de faire adopter son plan de sauvetage après des signaux inquiétants envoyés par le marché du travail.

Julie CHABANAS
Agence France-Presse

« Je vois beaucoup de douleur dans ce pays […], beaucoup de gens perdent espoir […]. Je vais agir et je vais agir rapidement », a déclaré le nouveau locataire de la Maison-Blanche, qui ne veut plus attendre pour faire adopter son plan de sauvetage de 1900 milliards de dollars comprenant des aides pour les PME et les ménages les plus vulnérables.

« Je voudrais le faire avec le soutien des républicains […], mais ils ne sont tout simplement pas prêts à aller aussi loin qu’il est nécessaire », a encore dit le nouveau président américain.

Certains républicains contestent des mesures de ce plan et estiment que la somme – trop élevée selon eux – va faire déraper les finances publiques.

Le nouveau locataire de la Maison-Blanche a dénoncé leur attitude : « allons-nous voter un plan pour vacciner les gens, leur permettre de retrouver du travail, alléger les souffrances de ce pays ? […] Ou allons-nous dire : “ne vous inquiétez pas, les choses vont s’améliorer” ? Je ne peux laisser faire cela ».

Il a néanmoins commencé à lâcher du lest. Dans une interview sur la chaîne CBS vendredi, il a reconnu que sa proposition d’un salaire minimum de 15 dollars – contre 7,25 au niveau fédéral actuellement – ne passerait probablement pas.

« Je ne pense pas qu’elle va survivre », a-t-il regretté.

Soutien du FMI

Le Sénat et la Chambre des représentants, aux mains des démocrates, ont approuvé vendredi des résolutions instituant une procédure de vote à la majorité simple pour le plan Biden afin de contourner l’opposition et gagner du temps. Le tout devrait prendre au moins deux semaines, a indiqué Nancy Pelosi la cheffe des démocrates à la Chambre basse.

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) salue, elle, ce gigantesque plan : « Étant donné les incertitudes exceptionnelles, et plus important, étant donné que les ménages et les entreprises souffrent encore beaucoup, nous pensons que l’utilisation de cet espace budgétaire est appropriée », a déclaré Kristalina Georgieva lors d’une table ronde virtuelle avec des journalistes.

La situation de l’emploi en janvier a offert vendredi à Joe Biden un argument supplémentaire en faveur de son plan d’urgence.

Le taux de chômage, qui n’avait pas bougé en décembre, a baissé à 6,3 % en janvier. Et 49 000 emplois ont été créés, après un mois de décembre négatif.

Cette image, à première vue encourageante, cache une réalité plus inquiétante : le rythme de créations des emplois est lent, et de nombreux chômeurs ont abandonné leur recherche, faisant mécaniquement baisser le taux de chômage.

Taux de chômage réel « proche de 8,3 % »

Le nombre de personnes considérées comme sans emploi est désormais de 10,1 millions, près de deux fois plus qu’avant la crise.

Et ce chiffre ne prend en compte qu’une partie des personnes qui ont perdu leurs revenus, puisqu’au total, plus de 17 millions d’Américains touchent une allocation chômage, selon les données publiées jeudi.

« Le taux de chômage officiel est de 6,3 %. Mais un grand nombre de personnes ont quitté le marché du travail en avril et pratiquement personne n’y est revenu depuis juin. En réalité, le taux de chômage est plus proche de 8,3 % », a ainsi souligné Jason Furman, économiste au Peterson Institute for International Economics (PIIE) dans un tweet.

Plus d’un tiers des chômeurs est désormais sans emploi depuis plus de six mois, et 6 millions de personnes travaillent à temps partiel contraint.

Par ailleurs, les inégalités continuent de se creuser, puisque le chômage est le plus bas chez les travailleurs blancs (5,7 %), recule un peu, mais reste très élevé chez les travailleurs hispaniques (8,6 %) et surtout noirs (9,2 %), et augmente même pour les Asiatiques (6,6 %).

Fin 2020, la hausse continue des cas de COVID-19 avait contraint de nombreux élus locaux à ordonner de nouvelles mesures. L’emploi en avait pâti, d’autant plus que l’adoption d’un nouveau plan de relance de 900 milliards de dollars est arrivée très tardivement, à la toute fin du mois de décembre.