Les restaurants, les commerces, les centre commerciaux, les services non essentiels : après 45 jours de congé forcé, les commerces non essentiels reprendront vie la semaine prochaine. Tour d’horizon des mesures de déconfinement

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

Réouverture des commerces : des soldes, des retours, mais pas de flânage

Après 45 jours de congé forcé, ce sera enfin l’occasion pour les commerçants d’écouler la marchandise d’hiver pour renflouer le compte de banque. Les aubaines seront donc alléchantes. Mais attention, pas question de flâner dans les centres commerciaux, insiste Québec.

« J’ai de l’inventaire et je vais avoir de bons soldes ! », lance Norman Décarie, président des magasins de plein air SAIL, le bonheur dans la voix. Car il ne s’attendait pas – comme d’autres – à pouvoir rouvrir tous ses magasins dès le 8 février, comme l’a annoncé le premier ministre François Legault, en fin de journée mardi.

La bonne nouvelle de Québec lui donnera grosso modo un mois pour vendre ses « surplus de vêtements très chauds ». Début mars, les consommateurs veulent déjà des produits printaniers. Devant ce « délai réduit » pour tout écouler, SAIL prévoit offrir « des rabais agressifs ». Ses magasins débordent de manteaux, notamment. « Rappelez-vous, il ne faisait pas froid avant Noël », dit M. Décarie, en précisant que pour les raquettes que « les gens s’arrachent », c’est une autre histoire.

Pas plus tard que lundi, une quarantaine de détaillants de vêtements qui craignent pour leur survie avaient lancé une offensive pour stimuler l’achat local en ligne. Pour eux, la décision de Québec est particulièrement salvatrice.

C’est émouvant. Ça va aider à descendre le niveau des stocks et à augmenter les liquidités pour [acheter] la collection d’été.

Debbie Zakaib, directrice générale de mmode, La Grappe métropolitaine de la mode

Québec semble avoir entendu le SOS des détaillants. « Ce qu’on a essayé de faire dans le choix des assouplissements, c’est de donner un peu d’oxygène à nos commerçants. Je peux comprendre comment certains propriétaires de magasins se sentent depuis des mois, ce n’est pas facile », a déclaré M. Legault en conférence de presse.

Au Conseil québécois du commerce de détail, la porte-parole Josée Fiset a « beaucoup aimé » que M. Legault parle « d’oxygène ». C’est exactement ce qu’il fallait, avant qu’il ne soit trop tard pour certains. « Les détaillants ont beaucoup souffert. Ils devront travailler fort pour se relever. […] Ils ont beaucoup de marchandise à liquider. »

Retour des cadeaux de Noël

Les commerçants devront aussi composer avec une bonne quantité de retours, prévoit Marc Fortin, président pour le Québec du Conseil canadien du commerce de détail. « Les consommateurs ont des cadeaux de Noël qu’ils veulent ramener ! » Reste à voir à quel point les détaillants seront flexibles, puisque certains cadeaux ont été achetés en novembre.

La chaîne de boutiques pour enfants Clément a déjà prévu le coup. Lorsqu’on appelle au siège social, le message vocal prévient la clientèle que les retours seront possibles dès la réouverture des commerces. Simons acceptera aussi les retours, nous a-t-on assuré.

Marc Fortin souligne que le moment était venu pour que les grandes surfaces – celles qui n’ont jamais fermé – puissent recommencer à vendre de tout. « Plus le temps avançait et plus l’agressivité des clients était présente devant les étalages barrés avec du tape. C’était de plus en plus dur pour les employés. »

Chez Costco, il est déjà prévu que la marchandise printanière, « des BBQ, des bicyclettes, des chemises d’été à manches courtes et des polos », soit sur le plancher le matin du 8 février, nous a confié Pierre Riel, vice-président principal et directeur national de Costco Canada. Comme d’autres détaillants joints pour ce reportage, il se réjouit de pouvoir rappeler les employés mis à pied. Le fait de ne pas pouvoir vendre de produits non essentiels, « c’est sûr que ça fait moins d’heures pour tout le monde ».

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Les centres commerciaux ne devront tolérer aucun flânage ni rassemblements, a affirmé François Legault.

Magasinage sans flânage

Même si le magasinage sera permis, François Legault a insisté sur le fait que les galeries marchandes ne devront tolérer aucun flânage ni rassemblements. « On va être très sévère, on va mettre des procédures. […] Il y aura effectivement des surveillants. »

Du côté de Groupe Mach, propriétaire de plusieurs centres commerciaux dans la province, notamment Le Carrefour de l’Estrie et le Centre Châteauguay, ce devoir de contrôle n’inquiète pas du tout.

Les rassemblements, ça se passe dans les foires alimentaires, et les places assises sont fermées. Alors il n’y aura pas plus d’attroupements qu’avant les Fêtes.

Pierre-Jacques Lefaivre, premier vice-président du Groupe Mach

Il rappelle que même en novembre et en décembre, les gros mois de l’année, c’était « tranquille ». Alors il ne s’attend pas nécessairement à des foules en février.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Les salons de coiffure situés dans les commerces sur rue et dans les centres commerciaux ouvriront en même temps, le 8 février.

Le propriétaire de la chaîne de salons de coiffure Jacques Despars, Patrice Despars, est pour sa part ravi que les commerces sur rue et dans les centres commerciaux puissent ouvrir en même temps (ça n’avait pas été le cas le printemps dernier). Il avait fait des représentations en ce sens, puisque ses salons se trouvent en très grande majorité dans des mails. « Ç’aurait été très dommageable. Car si on perd de la clientèle [au profit de salons sur rue], c’est très dur à regagner. Dans la coiffure, il n’y a pas d’achat impulsif. »

Ouverture des restaurants en zone orange : un « projet-pilote » pour tout le Québec

PHOTO FRANCOIS ROY, LA PRESSE

Le gouvernement a annoncé mardi qu’à partir du 8 février, les restaurants situés en zone orange pourront à nouveau accueillir des clients sur réservation seulement. À la même table pourront s’asseoir un maximum de deux adultes – ne vivant pas nécessairement à la même adresse – et leurs enfants respectifs.

L’ouverture des salles à manger en zone orange, qui donnera la possibilité aux restaurateurs d’accueillir à la même table un maximum de deux adultes et leurs enfants, est un excellent « test » pouvant permettre à l’ensemble des établissements du Québec de reprendre leurs activités plus rapidement, mais de façon graduelle, soutient Jean Bédard, président de Sportscene, groupe qui gère La Cage–Brasserie sportive.

Selon l’Association Restauration Québec (ARQ), 2800 établissements ont fermé leurs portes depuis février 2020, ce qui représente 10 % des restaurants dans la province.

Les propriétaires de bars, qui ne peuvent toujours pas rouvrir, crient de leur côté à l’injustice puisque les restaurants ont désormais les mêmes droits qu’eux : ils peuvent maintenant servir de l’alcool sans nourriture.

Malgré tout, la décision du gouvernement est vue par de nombreux restaurateurs comme une façon leur permettant de se préparer graduellement. « Nous autres, on va suivre ça avec intérêt. On voit ça comme un projet-pilote », indique M. Bédard, dont le groupe compte 7 établissements de La Cage en zone orange, sur un total de 42.

La réouverture des salles à manger partout au Québec, je la verrais par étapes. Ça serait plus facile pour nous. Ça pourrait peut-être nous permettre d’espérer de rouvrir un peu plus tôt que prévu de façon plus ordonnée encore.

Jean Bédard, président de Sportscene

Rappelons que le gouvernement Legault a annoncé mardi qu’à partir du 8 février, les restaurants situés en zone orange (Abitibi-Témiscamingue, Saguenay–Lac-Saint-Jean, Côte-Nord, Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, Bas-Saint-Laurent et Nord-du-Québec) pourront à nouveau accueillir des clients sur réservation seulement, sauf pour la restauration rapide. À la même table pourront s’asseoir un maximum de deux adultes – ne vivant pas nécessairement à la même adresse – et leurs enfants respectifs.

Le grand patron de La Cage et d’autres confrères restaurateurs travaillent d’ailleurs présentement à l’élaboration d’un plan de réouverture pour l’ensemble du Québec en différentes étapes, qu’ils ont l’intention de soumettre « au plus vite » au gouvernement.

Il imagine un redémarrage des activités en trois ou quatre phases, allant du contrôle du nombre de personnes à la même table aux heures d’ouverture pour servir de l’alcool, par exemple.

« Ça serait plus facile pour nous de repartir la machine et, en même temps, ça serait moins risqué du côté de la santé publique, ça pourrait être contrôlé. C’est à ça qu’on est en train de penser. »

Données scientifiques

Pour sa part, Norbert Gagnon, président-directeur général des restaurants Normandin, souhaite que le gouvernement profite de l’ouverture des établissements dans certaines régions pour faire des études et ensuite fournir des données scientifiques sur la transmission du virus dans le milieu de la restauration. « Si on était capables de travailler de cette façon-là avec le gouvernement, ça faciliterait la prise de décisions [dans l’avenir], croit-il. On ne sait pas si dans un restaurant la transmission du virus se fait de façon plus importante que dans un centre commercial. Il n’y a rien qui le prouve. »

Il se réjouit tout de même de cet assouplissement des règles qui permettra à 4 de ses 41 restaurants – situés entre Sainte-Julie et Mont-Joli – de servir à nouveau pizzas, pâtes et salades aux tables. « On souhaitait qu’il y ait une forme de progrès dans la situation et c’est ce qu’on voit. C’est très plaisant », ajoute M. Gagnon.

À Rivière-du-Loup, dans le Bas-Saint-Laurent, Nicolas Morin, propriétaire de trois restaurants (Le Symposium, Yuzu et Dixie Lee) se réjouit évidemment de pouvoir reprendre le service en salle. En ce qui concerne les règles imposées, il les considère comme un bon compromis.

On n’a pas le choix, il faut faire notre bout de chemin. C’est sûr que c’est dur de jouer à la police dans le sens qu’on ne peut pas recevoir quatre gars ensemble qui veulent regarder la game du Canadien. Mais on connaît notre clientèle, on est capables de raisonner les gens.

Nicolas Morin

Heureuse de la décision du gouvernement, l’ARQ soutient toutefois qu’il ne faut pas oublier les autres établissements de la province qui devront rester fermés. « On pense que tous les restaurateurs ont besoin d’oxygène, pas juste à Gaspé et à Rouyn, souligne François Meunier, vice-président aux affaires corporatives et gouvernementales de l’ARQ. Il faut absolument avoir un plan de réouverture. Il faut absolument qu’on ait un horizon devant nous, une planification devant nous, une prévisibilité devant nous et qu’on soit aidés en prévision de ça. » M. Meunier rappelle que les restaurateurs montréalais entament leur cinquième mois de fermeture.

PHOTO PAUL CHIASSON, LA PRESSE CANADIENNE

Les bars demeurent fermés.

Une injustice, selon les propriétaires de bars

Les propriétaires de bars de leur côté ne cachent pas leur frustration de ne pas pouvoir accueillir de clients en zone orange, alors que les restos ont désormais le droit, en raison du projet de loi 72, de servir de l’alcool sans que les gens soient obligés de commander de la nourriture pour accompagner leur verre. « Soyons logiques, arrêtons d’ostraciser les bars, lance sans détour Pierre Thibault, président de la Nouvelle Association des bars du Québec. Ne pénalisez pas les entreprises qui donnent le même service. »

Selon lui, prendre un verre dans un bar entre 17 h et 19 h et commander la même boisson dans un resto pendant la même période, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. « Vous allez créer un climat malsain entre les entreprises des régions », prévient-il.

PHOTO MANUEL SILVESTRE, ARCHIVES REUTERS

Les salles d’entraînement pourront ouvrir en zone orange, mais pas celles situées ailleurs au Québec, qui devront demeurer fermées.

Gym ouvert, gym fermé

Alors que les salles d’entraînement pourront ouvrir en zone orange, celles situées ailleurs au Québec devront demeurer fermées. Une décision que Serge Moreau, propriétaire de Pro Gym à Montréal, a bien du mal à comprendre. « Ça fait 40 ans que j’exploite le gym. Je vends de la santé, mais là, on m’empêche d’en vendre, illustre-t-il. On s’est conformés à toutes les règles. On fait attention. Je ne sais pas ce qu’il faut faire de plus pour les convaincre. »