L’arrivée d’un nouveau président à la Maison-Blanche ne signifie pas pour autant que le protectionnisme sera moins présent au sud de la frontière, selon le premier ministre François Legault, qui se dit préoccupé par le recours aux clauses de type « Buy American ».

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

En point de presse, jeudi à Québec, celui-ci a prévenu qu’il serait difficile d’obtenir des « assouplissements » auprès de Washington, et ce, même si l’administration du démocrate Joe Biden risque d’être plus « prévisible » que celle de son prédécesseur.

« Il faut être prudent […], a-t-il lancé. Quand on regarde l’histoire des États-Unis, les démocrates étaient plus protectionnistes que les républicains jusqu’à l’arrivée de (Donald) Trump. Cela va faire partie des discussions que l’on va avoir ce soir avec M. (Justin) Trudeau. »

Dans le but de stimuler l’économie, M. Biden a proposé des investissements massifs dans les infrastructures et d’autres projets de transport, tout en favorisant l’achat de produits américains par l’entremise de clauses de type « Buy American ».

Cela pourrait compliquer la tâche à plusieurs compagnies désireuses de faire affaire avec le plus important partenaire commercial du Québec et du Canada.

« C’est très important que l’on comprenne qu’il y a une chaîne chez les fournisseurs où un produit peut traverser plusieurs fois la frontière et ce n’est pas à l’avantage des Américains ni des Canadiens d’avoir des lois ou des règlements comme le “Buy American”. »

Au sud de la frontière, les projets de transports publics stipulent déjà que 70 % des composants doivent être fabriqués aux États-Unis et l’assemblage final doit s’effectuer en territoire américain. Or, Québec accueillera le siège social nord-américain d’Alstom, qui deviendra en principe le propriétaire de la division ferroviaire de Bombardier la semaine prochaine.

Selon M. Legault, les contrats américains « vont passer par le Québec », ce qui, selon lui, représente un argument illustrant que les clauses trop protectionnistes n’ont pas leur raison d’être.

Une administration démocrate, qui ambitionne de réduire les émissions de gaz à effet de serre en faisant appel à de l’énergie renouvelable, risque toutefois de sourire à Hydro-Québec dans le cadre de sa stratégie visant à devenir la « batterie du nord-est » américain, a dit M. Legault.

La société d’État a déjà un important contrat en poche avec le Massachusetts et elle compte tenter d’en décrocher un autre dans le cadre d’un appel d’offres à New York.

Prévisible

Interrogé à propos de la fin de non-recevoir exprimée par le gouvernement français à une prise de contrôle du géant de l’alimentation Carrefour par Alimentation Couche-Tard — ce qui a fait avorter la transaction — M. Legault a répondu qu’il n’avait pas été surpris.

Évoquant des enjeux de sécurité alimentaire, le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, avait prévenu à plus d’une reprise, la semaine dernière, que l’Élysée avait son mot à dire.

« Je me mets à la place de M. (Emmanuel) Macron, si demain matin il y avait eu (une entreprise française) qui était venue faire une offre sur Metro, la réponse aurait été non », a dit M. Legault.

Au cours des dernières années, plusieurs entreprises établies en France sont venues piger auprès d’entreprises québécoises lorsque le temps était venu de faire des emplettes. Alstom mettra la main sur Bombardier Transport, Camso appartient maintenant à Michelin et Airbus contrôle l’ex-C Series de Bombardier.

Le premier ministre a toutefois voulu tempérer la transaction entre Bombardier et Alstom.

« Bombardier était en difficultés financières et il n’y avait pas d’acheteur québécois qui était prêt à payer ce qu’Alstom était prête à payer pour la division ferroviaire de l’entreprise », a-t-il dit.