Le ministre des Finances, Eric Girard, doit renoncer à retrouver l’équilibre budgétaire d’ici cinq ans, même si la loi l’oblige à le faire, estiment un groupe d’économistes qui craignent un retour trop hâtif des mesures d’austérité.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

La situation tout à fait exceptionnelle que nous vivons justifie un assouplissement des lois qui encadrent les déficits, explique Yves Saint-Maurice, un des signataires du document de réflexion soumis au ministre.

« Le délai de cinq ans pour retrouver l’équilibre budgétaire pourrait être allongé de deux ans », a précisé l’économiste lors d’un entretien avec La Presse. « Ce qu’il faut éviter, c’est des chocs trop prononcés sur l’économie et les services. »

Dans sa plus récente mise à jour budgétaire, le ministre Girard a soutenu que le Québec pourrait retrouver l’équilibre budgétaire en 2025-2026, comme la loi le prescrit. Il mise toutefois, pour y arriver, sur une augmentation des transferts fédéraux en santé et sur une croissance économique de 2,5 % par année.

Ces deux conditions « demeurent plutôt incertaines », croit le groupe d’économistes.

Une croissance économique de 2,5 % par année est une prévision trop optimiste, observe Yves St-Maurice, qui est aussi président du Comité des politiques publiques de l’Association des économistes québécois.

En prenant plus de temps pour éliminer son déficit, le ministre des Finances se donnerait plus de latitude pour soutenir l’économie et prendre le relais du secteur privé au besoin.

Des outils à conserver

La Loi sur l’équilibre budgétaire comme le Fonds des générations, qui sert à réduire la dette, sont des outils qui ont fait leurs preuves et qu’il faut préserver, insiste le groupe d’économistes. « Mais le moment est bien choisi pour les ajuster afin de prévoir des situations exceptionnelles, maintenant qu’on sait que ça peut arriver », dit Yves St-Maurice.

Le Fonds des générations, qui accumule les redevances hydrauliques et minières et d’autres revenus dédiés qui sont investis pour générer un rendement et servir à réduire la dette, pourrait lui aussi être repensé.

Le groupe d’économistes propose de réduire ou de suspendre temporairement les versements au Fonds des générations pour canaliser ces revenus dans la relance de l’économie.

Il suggère aussi qu’un plafond soit imposé aux sommes accumulées dans le Fonds des générations pour ne pas prendre trop de risque avec les rendements attendus, qui doivent être plus élevés que le taux d’emprunt du gouvernement. « La valeur que peut atteindre le Fonds pourrait être fixée à 5 % de la dette du gouvernement », illustre Yves St-Maurice.

Le Québec doit maintenir ses cibles d’endettement parce que post-pandémie, d’autres défis l’attendent. Il ne faut pas « compromettre la capacité du gouvernement d’affronter d’autres défis majeurs comme le vieillissement de la population, la lutte aux changements climatiques, le maintien d’un filet social adéquat et l’adaptation de la main-d’œuvre face aux perturbations technologiques », énumère le document.

Les propositions soumises au ministre des Finances feront partie des opinions exprimées par les économistes du Québec en prévision du prochain budget.

Ils mettent en garde le gouvernement contre la tentation de lancer de nouveaux projets d’infrastructures pour relancer l’économie. « L’entretien des infrastructures existantes devrait être priorisé, explique Yves St-Maurice, à cause de leur mauvais état. » Il rappelle que 28,2 milliards seraient nécessaires pour rétablir l’état des actifs existants à un niveau satisfaisant.

« On ne dit pas qu’il ne faut pas faire de nouveaux projets, note l’économiste, mais la mise en place de nouvelles infrastructures génère des coûts de financement et d’entretien additionnels. »