Malgré une baisse du taux de chômage, le marché de l’emploi s’est détérioré au Québec en décembre. C’était avant l’imposition de mesures sanitaires plus strictes, ce qui laisse prévoir une remontée du nombre de chômeurs au début de 2021.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

« Les mesures restrictives encore plus sévères ordonnées par les gouvernements du Québec et de l’Ontario pour contrer la propagation de la COVID-19, et effectives en janvier, amèneront de nouveau un recul temporaire de l’emploi et, vraisemblablement, une remontée du taux de chômage au début de 2021 », prévoit Joëlle Noreau, économiste de Desjardins.

C’est aussi l’avis des économistes de la Banque Nationale : « Avec le nouveau confinement imposé au Québec, le marché du travail dans la province perdra des emplois au début de 2021 », écrivent les économistes Kyles Adams et Alexandra Ducharme dans leur analyse des chiffres publiés vendredi par Statistique Canada.

Le Québec a perdu 16 800 emplois en décembre, principalement dans le secteur des services comme l’hébergement et la restauration, très affecté par les mesures de lutte contre la COVID-19. Le taux de chômage a baissé de 0,5 point de pourcentage, pour s’établir à 6,7 %, le plus bas au Canada, mais cette baisse s’explique par une mauvaise raison : il y a eu davantage de chômeurs qui ont renoncé à chercher un emploi et qui ont disparu des statistiques.

Le bilan de l’année 2020 est négatif : le marché du travail n’a pas réussi à récupérer les emplois perdus à cause de la crise sanitaire. La Colombie-Britannique, l’Alberta et l’Ontario sont encore loin d’avoir retrouvé le niveau d’emploi d’il y a un an, tandis que le Québec a fait un peu mieux. Selon l’Institut de la statistique du Québec, la province avait perdu 820 500 emplois entre février et avril et en avait récupéré 84 % en décembre.

Un premier recul en 10 mois

Au Canada, l’emploi a reculé pour la première fois depuis le mois d’avril et le taux de chômage est remonté légèrement, de 8,5 % à 8,6 %.

La perte de 63 000 emplois en décembre, concentrée dans le secteur privé et chez les travailleurs autonomes, est pire que celle anticipée par les analystes. Le nombre d’heures travaillées, qui était à la hausse depuis avril, a rechuté en décembre.

À la fin de 2020, le nombre d’heures travaillées, un indicateur clé de la santé du marché du travail, restait inférieur de 5,3 % à son niveau d’avant la crise.

L’enquête de Statistique Canada a été réalisée du 6 au 12 décembre, soit avant que la plupart des provinces imposent des mesures plus strictes pour endiguer la deuxième vague du coronavirus.

« La rechute du marché du travail n’est pas terminée », estime l’économiste principal de Desjardins, Benoit Durocher. Il prévoit toutefois que l’emploi reviendra dès que les mesures restrictives seront assouplies, comme ça a été le cas au printemps.

En décembre, il y avait encore 1,1 million de personnes au Canada qui étaient sans emploi ou qui travaillaient la moitié moins d’heures que d’habitude. Au printemps, la crise avait touché directement ou indirectement 5,5 millions de Canadiens.

En décembre, 28,6 % des travailleurs canadiens étaient en télétravail, selon Statistique Canada. Ce nombre avait atteint un sommet en avril, à 41,6 %, avant de redescendre à 25,6 % en septembre. Le travail à domicile reste à des niveaux élevés dans l’administration publique, les services professionnels et le secteur financier, là où la proximité physique n’est pas requise.

L’emploi dégringole aux États-Unis

L’économie américaine a perdu des emplois en décembre, pour la première fois depuis le mois d’avril. Alors que l’épidémie de coronavirus fait des ravages dans le pays, 140 000 emplois sont disparus en décembre, alors que les prévisionnistes s’attendaient à un gain supérieur à 50 000 emplois. Le taux de chômage est resté inchangé à 6,7 %. La baisse du nombre d’emplois est concentrée dans le secteur des services et dans le travail à temps partiel, ce qui reflète l’impact des restrictions sanitaires imposées dans plusieurs États. Comme au Canada, le marché du travail américain pourrait continuer de se détériorer avant que les vaccins soient largement distribués. « Une autre inquiétude est que le nombre d’Américains qui cherchent du travail depuis 27 semaines ou plus augmentait encore en décembre, pour atteindre un sommet de 7 ans à 4 millions », ont souligné les économistes Paul-André Pinsonnault et Jocelyn Paquet, de la Banque Nationale.