(Montréal) L’impact du nouveau confinement sur les finances publiques du Québec pourrait atteindre 2 milliards, estime le ministre des Finances, Eric Girard, qui maintient toutefois le cap sur sa cible actuelle de déficit.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

Ainsi, lorsque viendra le temps de déposer son prochain budget, le manque à gagner devrait être environ 15 milliards, ce qui tient compte d’un versement de 2,7 milliards au Fonds des générations — un outil visant à réduire l’endettement de la province.

Dans le cadre de sa participation, vendredi, au dévoilement du septième « Bilan de la fiscalité au Québec » par l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, M. Girard a souligné que les effets du confinement et du couvre-feu seront moindres comparativement à la mise sur pause de l’activité dans la province au printemps dernier.

« [Les secteurs] manufacturier et de la construction ne sont pas fermés, a dit le ministre lors d’une entrevue téléphonique après l’évènement. Les programmes d’aide sont tous en place. Les entreprises sont beaucoup mieux ajustées au télétravail, tout comme les restaurants avec les commandes à emporter. »

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre des Finances, Eric Girard

Dans l’ensemble, l’impact budgétaire devrait osciller entre 1 milliard et 2 milliards, ce qui fait en sorte que la provision pour imprévus de 4 milliards annoncée à l’automne devrait être suffisante, selon le grand argentier de la province.

En plus des commerces non essentiels qui devront demeurer fermés, les mesures qui doivent entrer en vigueur samedi obligeront les épiceries et les dépanneurs à fermer leurs portes plus tôt afin de permettre à leurs employés de respecter le couvre-feu.

Néanmoins, la situation actuelle devrait obliger M. Girard à ajuster sa prévision de croissance du produit intérieur brut (PIB) réel — ajusté à l’inflation — de 5 % qui figurait dans sa mise à jour économique automnale pour l’année en cours.

« La baisse va être de l’ordre d’un à deux [point de pourcentage], a-t-il relaté. Le 5 % prévu devrait être entre 3 % et 4 %. Mais cela est avant le rebond. »

Il a également convenu qu’il y avait « beaucoup de variables », comme les négociations dans le secteur public et la pression sur le réseau de la santé, qui pourraient obliger Québec à délier davantage les cordons de la bourse.

Mais puisque la « priorité » est la « lutte à la pandémie », M. Girard a dit estimer que « personne ne serait ébranlé » si le déficit atteignait 17 milliards à la fin de l’exercice.

Une trajectoire à venir

Le ministre des Finances devrait faire connaître la trajectoire du retour à l’équilibre budgétaire. M. Girard estime que le « déficit structurel » à combler, celui une fois la récession terminée, oscillera entre 6 milliards et 7 milliards.

Afin d’y arriver, il souhaite que les dépenses de l’État varient entre 3 % et 3,5 %.

« Par le passé, il y a eu des taux de croissance des dépenses qui […] ont fait des dommages dans la population et ils étaient de 1 %, a affirmé M. Girard. Je pense qu’avec une croissance de 3,5 % de l’ensemble des missions de l’État, c’est possible de bien gérer. »

Le ministre a une fois de plus fermé la porte à une augmentation du fardeau fiscal des contribuables ainsi qu’à un scénario dans lequel il se tournerait vers l’agent qui se trouve dans le Fonds des générations ou qui doit y être déposé.

Pour le moment, il souhaite toujours respecter la Loi sur l’équilibre budgétaire obligeant les gouvernements à résorber les déficits sur une période maximale de cinq ans. Les prochaines consultations prébudgétaires serviront notamment à identifier des solutions visant à ce que la croissance des revenus de l’État soit supérieure à celle des dépenses.