J’ai un faible pour les Popcorn de ce monde.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Pas le maïs soufflé trop beurré et trop salé des salles de cinéma de jadis.

Popcorn comme dans prédiseuse de tendances.

Dans les années 1980 et 1990, Faith Popcorn, fondatrice de l’agence de marketing BrainReserve à New York, a en effet en quelque sorte inventé — ou à tout le moins incarné et mis au premier plan de façon nouvelle et marquée — ce secteur situé quelque part entre le marketing et la sociologie ou même l’anthropologie, où on cherche à comprendre l’humain pour voir comment il gère les défis du présent et les transformera en besoins futurs. Et ensuite, comment tout ça se traduit autant en occasions pour les entrepreneurs — ou en sujets collectifs à débattre pour les citoyens et décideurs.

Popcorn s’est fait connaître à l’époque en inventant le mot cocooning et en déclarant que nous allions tous nous mettre à bâtir, améliorer, réinventer notre nid pour nous protéger. C’était à l’aube de la naissance des Réno-Dépôt, Home Depot et compagnie, du cinéma maison, des gyms dans les sous-sols, de l’internet première génération qui déjà transformait la maison en bureau.

En 2018, elle a prédit les ongles vernis de Jay Du Temple en affirmant que la masculinité était en redéfinition ; en 2010, que le féminisme était de retour ; en 2000, que la consommation prenait un grand virage éthique ; en 1998, qu’on ne parlerait plus de fast food, mais de junk food, un changement qui semble aujourd’hui évident, mais ne l’était pas encore. Et en 1993 ? Elle nous a annoncé que le magasinage de l’avenir se ferait sur l’internet.

Aujourd’hui, Mme Popcorn continue avec ses collègues à tracer des plans, des cartes, pour comprendre où on s’en va.

Mais elle n’est pas la seule. Toutes les grandes boîtes de consultants ont aussi leurs équipes de futuristes.

J’adore, à ce moment de l’année, passer à travers leurs grandes prédictions.

En voici quelques-unes que j’ai remarquées.

D’abord, BrainReserve prédit à moyen terme l’explosion des voyages virtuels. Et pas juste pour regarder des images de plage en rêvant d’être à Bora Bora pendant qu’on peste contre notre confinement. On parle de réalité virtuelle sur les stéroïdes, avec des hologrammes et des dimensions éclatées, donc dans le temps et en incluant des personnages historiques ou publics ou fictifs à nos propres trames narratives. Avis à ceux pour qui janvier est le mois où on rêve en planifiant les voyages de l’année. On s’en va vers de nouvelles dimensions.

Dans un contexte plus pratique, Popcorn et sa bande prédisent beaucoup de robotisation évidemment, c’est un acquis. Et peu importe ce qui arrive avec le virus et le vaccin — elle promet de grands jours aux services de nettoyage le plus efficace possible —, le travail ne sera plus jamais le même. Donc on verra notamment arriver rapidement les prochaines générations de vidéoconférences. Nos interactions Zoom devraient devenir pas mal plus multidimensionnelles, et plus amusantes et chaleureuses et réelles, on l’espère.

Cela dit, avec tout cela devrait arriver aussi plus de surveillance à distance. Les entreprises veulent savoir ce qu’on fait de nos longues journées.

Aussi, BrainReserve prédit que les gestionnaires deviendront de plus en plus presque des conseillers psychologues capables de garder tout le monde en équipe, parce que la distance physique, l’isolement, le stress des dangers du virus et l’absence des formes de feedback traditionnelles créent de plus en plus de difficultés émotionnelles chez les travailleurs.

Évidemment, elle prédit un boom dans tous les secteurs qui sauront pratiquer leur art en ligne : éducation en ligne, vente en ligne, médecine en ligne, consultations en tout genre en ligne.

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J’aime beaucoup aussi les prédictions de la firme de consultants Accenture.

Dans leur rapport pour 2021 — que l’on trouve sur le site de la firme —, les futuristes de cette entreprise parlent d’abord et avant tout de l’évidence : le Changement lui-même avec un grand C. L’année qui s’en vient, on le sait, on le voit, sera une année de changement.

L’idée que les choses reviennent comme avant, avec les vaccins et éventuellement une reprise de contrôle sur la santé de la population, doit être mise de côté.

Trop de réalités ont été bousculées pour qu’elles reviennent en arrière comme si de rien n’était.

Donc le grand changement, c’est la présence constante du changement.

Et aussi la nécessité, accélérée par la pandémie, d’aller de l’avant et de constamment tout remettre en question.

Mais la firme a aussi des prédictions plus pratiques et précises. J’aime celle qui n’est pas nouvelle, mais combien cruciale, qui invite les marques à pousser leur expérience de vente en ligne pour qu’elle soit agréable et positive du début jusqu’à la fin.

Qui a envie du coup de téléphone du robot d’une entreprise de livraison pour dire qu’il reste des droits de douane à payer ou du message papier laissé à la porte qui dit « nous sommes passés, mais vous n’y étiez pas », alors qu’il y a trois personnes dans la maison ? Et que dire de cette marque qui multiplie les publicités sur toutes les plateformes possibles, faisant miroiter une paire de chaussures dont il ne reste plus votre pointure ? Allô les cookies ! Faites votre boulot comme du monde.

Une autre recommandation issue des observations d’Accenture que j’aime bien : la nécessité de redéfinir et de retracer les chaînes d’approvisionnement provoquée par la pandémie, qui devrait ouvrir la porte à une réflexion sur la durabilité des processus. Comment peut-on diminuer notre empreinte environnementale à chaque étape ?

Mais en fait, cette approche pro-environnement, cette attitude d’analyse des conséquences sur le climat, ne devrait-elle pas s’appliquer à toutes les réflexions sur le Changement ?

N’est-ce pas la disruption dont on avait besoin ? On l’a dit déjà en 2020, mais pourquoi ne pas le crier en 2021 ?

Parce qu’on est un peu sur cette voie, déjà.

Oui, cette pandémie a fait faire des pas en arrière avec le grand retour notamment des emballages et du jetable, pour tout protéger tout le temps contre le virus.

Mais ce n’est pas tout.

La pandémie a aussi fait diminuer les transports en avion et la circulation en général et changé la consommation. On a découvert que le local était formidable. Et que notre nourriture ne venait pas du ciel. J’ose croire que le superficiel et les apparences ont moins leur place quand on reste à la maison, et que l’utile et l’authentique ont repris la leur.

Peut-être que notre liste, non pas de prédictions, mais de souhaits pour 2021 devrait commencer ainsi : L’insertion de préoccupations environnementales, climatiques et, évidemment, sanitaires et probonheur, tant qu’à y être, dans tout.

Bonne année tout le monde. Pour vrai.