(Pékin) La monnaie chinoise s’affichait mardi à son plus haut niveau depuis plus de deux ans face au dollar américain, galvanisée par les perspectives de croissance en Chine, alors que l’économie mondiale reste plombée par l’épidémie.

Sébastien RICCI
Agence France-Presse

Le yuan n’est pas entièrement convertible et la banque centrale du pays fixe chaque jour un taux pivot, de part et d’autre duquel elle autorise une fluctuation de plus ou moins 2 %.

Mardi matin heure de Pékin, la devise cotait 6,4381 pour un dollar, en hausse de 0,34 % par rapport à la veille. Il s’agit de son niveau le plus haut depuis juin 2018, juste avant le début des hostilités commerciales lancées par les États-Unis contre la Chine.

L’administration Trump, qui avait accusé par le passé la Chine de sous-évaluer sa monnaie afin d’en tirer un avantage commercial indu, a finalement retiré ce pays de sa liste noire des États manipulateurs il y a tout juste un an, juste avant la signature d’une trêve commerciale bilatérale.

« L’appréciation du yuan reflète la résilience de l’économie chinoise face à la pandémie [de COVID-19], mais aussi face à la guerre commerciale » avec les États-Unis, souligne pour l’AFP l’analyste Rajiv Biswas, du cabinet IHS Markit.  

La hausse de la monnaie chinoise est aussi à mettre sur le compte de la dépréciation généralisée du dollar face à d’autres devises comme l’euro et le yen, selon M. Biswas.

Premier pays touché par le nouveau coronavirus fin 2019, la Chine est aussi le premier à avoir redémarré son activité, grâce à de stricts contrôles des déplacements, au port du masque généralisé, aux mesures de confinement et aux applications de traçage pour téléphone portable.  

Résultat, le géant asiatique « restera foncièrement cette année la locomotive de la reprise mondiale », au moment où les principales grandes économies, dont les États-Unis, restent pénalisées par le virus, assure l’analyste Ken Cheung, de la banque Mizuho.  

La Chine, qui a largement jugulé l’épidémie sur son sol, devrait ainsi être l’un des rares pays à annoncer mi-janvier une croissance positive en 2020. Et le marché est « convaincu » qu’elle restera « exceptionnelle » en ce début 2021, selon M. Cheung.

« Vu d’un bon œil »

L’administration Trump, qui tient la Chine pour responsable de l’immense déficit commercial des États-Unis, s’est lancée en 2018 dans une guerre des droits de douane avec Pékin.

L’affrontement s’est traduit par des surtaxes réciproques portant sur de nombreuses marchandises et qui ont déstabilisé l’économie mondiale.

Du fait de ces tensions, le commerce entre les deux puissances s’est réduit et l’appréciation du yuan face au dollar vient illustrer ce phénomène, selon Stephen Innes, analyste du courtier Axi.

L’excédent commercial de la Chine avec les États-Unis a toutefois battu tous ses records en novembre (+52 % sur un an), avec une forte demande d’équipements médicaux fabriqués en Chine, notamment des masques, en pleine épidémie.

Les exportations sont l’un des piliers de l’économie de la Chine, mais un yuan plus fort a pour effet d’augmenter les prix en dollars des biens chinois, tandis que les produits américains deviennent plus compétitifs sur le marché chinois.

Or, des secteurs productifs chinois à faible valeur ajoutée, comme l’habillement, font face à une concurrence de plus en plus féroce de pays à bas coûts comme le Vietnam et le Cambodge, fait remarquer M. Biswas.

Mais dans un contexte international « de plus en plus hostile » et une conjoncture incertaine, Pékin souhaite désormais recentrer son économie sur sa demande intérieure et « voit d’un bon œil » un yuan fort, estime M. Innes.

D’autant que ses importations réglées en dollars, de produits pétroliers notamment, deviennent automatiquement moins chères.

Et il ne serait pas surprenant que le taux de change du yuan atteigne cette année 6,10 pour un dollar, prévient M. Cheung.