Michael Bosala Entombo est né à Kinshasa en 1987, a fait ses études de génie à Holguin, à Cuba, et aujourd’hui, bien sûr, il travaille à Val-d’Or.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Il est arrivé au Québec le jour de la Saint-Valentin, en 2019, et après avoir aussi tâté le terrain à Amos et à Rouyn, il a choisi Val-d’Or. « La ville est belle », dit-il. « Les gens sont vraiment sociaux. On se salue. Tout est bon. En fait, c’est magnifique. »

PHOTO FOURNIE PAR MICHAEL BOSALA ENTOMBO

Michael Bosala Entombo

Michael, qui travaille chez Garda, est en Abitibi depuis juin 2019 et fait partie de la cohorte d’immigrants récents qui a été prise en charge par un programme de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) appelé « Un emploi en sol québécois ».

D’abord projet pilote en 2017, puis formellement lancé, financé par le gouvernement et visant 14 régions québécoises, ce programme vise à les mettre en lien avec des employeurs des zones à l’extérieur de la métropole aux prises avec des difficultés de recrutement liées à la pénurie de main-d’œuvre.

Traditionnellement, les immigrants arrivent à Montréal, où 80 % d’entre eux se trouvent, et il ne leur est pas facile d’aller spontanément chercher un job à Joliette, à Coaticook ou à Rimouski. Pourtant, il y a des besoins partout : 55 % des emplois disponibles sont en région.

Le programme de la FCCQ sert donc à aller chercher les CV, les trier, organiser des entrevues. Mettre ces solitudes en contact.

En 2019, j’ai même accompagné un groupe réuni par la FCCQ et je suis partie avec eux en bus dans la Beauce. J’y ai vu des employeurs qui attendaient ces potentielles recrues avec à peu près autant d’enthousiasme et d’espoir que les personnages du film La Grande Séduction.

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« Ce n’était pas facile de quitter Montréal, explique Michael. Mais en tant qu’ingénieur en mine, je dois me faire à l’idée de vivre en région. Et en Abitibi, il y a plein d’opportunités. »

Actuellement, il attend de voir son diplôme d’ingénieur reconnu par l’Ordre. C’est long. Donc il travaille pour la firme de sécurité. Mais il est heureux d’être proche des entreprises où il aimerait travailler.

L’hiver abitibien ? « C’est génial ! J’adore la neige. Ce que je voyais dans les films, je vois ça en vrai ! »

Du racisme ? « Je n’ai jamais vu ça ici. »

Olga Ghislaine Goua Lou est elle aussi en Abitibi. Elle vit à Rouyn-Noranda, où elle travaille pour la Financière Fairstone, comme spécialiste de prêts personnels. Elle est arrivée le jour de la Saint-Jean, en 2019 elle aussi, de la Côte d’Ivoire, après un arrêt de quatre mois environ à Montréal.

PHOTO FOURNIE PAR OLGA GHISLAINE GOUA LOU

Olga Ghislaine Goua Lou

Je connais des gens à Montréal qui m’ont dit tout de suite en arrivant que je trouverais un emploi dans une manufacture. Mais moi, je voulais un poste dans ce que j’ai étudié.

Olga Ghislaine Goua Lou

Pour cela, il fallait quitter la métropole. Elle est allée voir à Montmagny, Saguenay, Saint-Jérôme, et finalement, c’est Rouyn qui l’a accrochée. « J’ai aimé l’accueil », dit-elle, précisant qu’il y a là-bas un organisme d’aide, La Mosaïque, qui fait du super boulot. Mais le premier hiver fut difficile. Le froid, la neige.

L’intégration ? « Ça se passe très bien. »

Le travail ? « Ça me satisfait. Ça me permet d’apprendre vraiment beaucoup de choses. »

Le salaire ? « Pour le moment, ça va. Mais j’aspire à mieux. »

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« À Val-d’Or et en Abitibi, on a de bons résultats, explique Charles Milliard, président-directeur général de la FCCQ. Leurs services d’accueil sont bien développés. »

Aussi, comme c’est une région minière, il y a une connexion naturelle pour tous les immigrants venant de pays miniers, en Afrique, assez nombreux.

Le programme fonctionne aussi efficacement à Sherbrooke.

Est-ce que la pandémie a allégé la pénurie de main-d’œuvre ?

Il ne manque plus autant de cuisiniers, c’est évident, explique Benoit Malric, directeur du programme au sein de la FCCQ.

« Mais pour les techniciens informatiques et programmeurs, le besoin est encore plus criant. »

C’est d’ailleurs ce dont a besoin Charles Plamondon, directeur de TechnoConseil, firme de conseil en informatique à Québec, qui a embauché 10 nouveaux immigrants grâce au maillage de la FCCQ.

Je ne vois pas comment j’aurais eu accès à ces gens-là autrement.

Charles Plamondon, directeur de TechnoConseil, firme de conseil en informatique à Québec

Normalement, la firme passe par les grands sites de recrutement connus et habituels, mais souvent, les mêmes dossiers reviennent.

« Ces candidats, on ne les avait jamais vus ailleurs. »

PHOTO FOURNIE PAR ELIMELET FIGUEROA CABALLERO ET ADRIANA NAVIDAD

Elimelet Figueroa Caballero et Adriana Navidad

Adriana Navidad et Elimelet Figueroa Caballero, originaires de la région de Mexico, sont arrivés quant à eux à Montmagny. Ils travaillent chez Ressorts Liberté, un fabricant de pièces d’automobiles. Ils sont comptables tous les deux.

La raison de leur départ : il a été kidnappé là-bas. En marge de son emploi, Elimelet était militant social et politique. Les problèmes de sécurité au Mexique, ils connaissent.

En arrivant ici, ils ont tous les deux perdu du poids : pas habitués à la nourriture québécoise.

« Maintenant, on s’y fait. »

Leur vie est-elle mieux qu’à Mexico ? « La société est vraiment meilleure ici », répond Adriana. « On n’a pas encore le même niveau de vie qu’avant, les salaires sont moins élevés. Mais la sécurité est tellement mieux et on habite à cinq minutes du travail. »

Trouver un emploi dans leur domaine n’a pas été facile, disent-ils. Et il a fallu apprendre le français.

« Mais ici, c’est magnifique », dit Adriana, qui considère qu’il y a moins de discrimination envers les nouveaux venus à Montmagny qu’à Montréal. « Ici, tout le monde est accueillant et on nous a aidés beaucoup. »

« On a acheté une voiture, mais on fait tout en vélo. Et partout, on n’est pas traités comme des chiffres », ajoute-t-elle.

« On est contents. On est chez nous ici. »