(Washington) Effondrement historique des ventes au détail et de la production industrielle aux États-Unis, la pandémie de COVID-19 a continué de ravager en avril des pans entiers de la première économie du monde. Et le mois de mai s’annonce à peine meilleur avec New York toujours sinistrée.

Delphine TOUITOU
Agence France-Presse

Le versement des chèques d’aide aux ménages a certes amélioré la confiance des consommateurs à court terme, prenant par surprise les économistes. Mais alors que les mesures de déconfinement font débat et se mettent en place en ordre dispersé aux États-Unis, le rebond économique paraît bien loin à l’horizon.

« La récession induite par le coronavirus a causé des dommages importants à l’économie que l’assouplissement des mesures de distanciation sociale ne suffira pas à lui seul à réparer », a résumé Gregory Daco, économiste chez Oxford Economics dans une note.

En avril, la production industrielle a chuté de 11,2 %, la plus forte baisse mensuelle de l’histoire de cet indice, a indiqué vendredi la Banque centrale.

« À plus long terme, une demande nettement plus faible, une baisse des prix du pétrole, des perturbations de la chaîne d’approvisionnement, un resserrement des conditions financières et une incertitude toujours élevée limiteront considérablement la reprise après la récession actuelle », estime M. Daco.

Selon lui, la production industrielle ne retrouvera pas ses niveaux avant fin de 2021.

La pandémie s’est traduite par le ralentissement ou la suspension de la production des usines. Pour la seule production manufacturière, la chute est de 13,7 %, « la plus forte baisse jamais enregistrée ».

Dans l’ensemble du pays, les ventes au détail ont, elles, continué de dégringoler en avril (-16,4 %), toujours plombées par les fermetures forcées de magasins non essentiels : boutiques de vêtements, de jouets, librairies, magasins d’ameublement, bars et restaurants, etc.

Malgré ces chiffres historiquement mauvais, le responsable de la Fédération nationale de la vente au détail, Matthew Shay, s’est voulu rassurant.

C’est une « industrie résiliente » et « avant cette pandémie, le commerce de détail établissait des records de croissance, d’emploi et d’investissement d’une année à l’autre », a-t-il réagi.

« Si […] le pire du repli des consommateurs est probablement derrière nous, l’assouplissement progressif des mesures de confinement et la peur persistante du virus se traduiront par un lent desserrement des cordons de la Bourse », estime pourtant Lydia Boussour, économiste chez Oxford economics.

D’autant que des millions de personnes ont perdu leur emploi et pâtissent par conséquent d’une baisse de revenus considérable, ce qui devrait freiner les dépenses de consommation.

Fragile

Et ce n’est pas à New York que la consommation va être stimulée à court terme. Dans la capitale économique et culturelle, le confinement vient d’être prolongé. Et nul ne sait quand ses commerces, restaurants ou théâtres, qui attiraient les touristes par millions, pourront rouvrir.

Du coup, l’activité manufacturière reste dans le rouge en mai.

Début mai, la confiance des consommateurs a pourtant enregistré une amélioration surprise, les ménages ayant reçu des aides gouvernementales, a fait apparaître l’enquête de l’Université du Michigan.

« Les chèques ont amélioré les finances des consommateurs et […] stimulé leurs attitudes d’achat », a expliqué Richard Curtin, le chef économiste chargé de cette enquête bi-mensuelle.  

En mars, le Congrès américain avait approuvé un plan de relance titanesque de 2200 milliards de dollars (« Cares Act »), comprenant notamment la distribution de chèques aux Américains allant jusqu’à 1200 dollars par personne selon les revenus.

Un deuxième plan d’aide de près de 500 milliards de dollars a complété le plan initial fin avril. Surnommé « Cares 2 », il comprend de nouveaux paiements directs aux Américains, allant cette fois jusqu’à 6000 dollars par foyer.

Michel Curtin souligne toutefois que « les perspectives financières personnelles pour les mois à venir ont continué de s’affaiblir, tombant au plus bas niveau en près de six ans ».

L’économiste ajoute que les baisses ont été « particulièrement marquées » chez les ménages aux revenus élevés.

Ce n’est pas de bon augure pour la consommation, moteur traditionnel de la croissance aux États-Unis.

« L’amélioration de la confiance (des ménages) est fragile », estime d’ailleurs Gregory Daco, soulignant qu’elle restait à des niveaux associés aux périodes de récession.

L’amélioration continue dépendra notamment des éventuelles nouvelles mesures de relance pour aider les ménages et à condition que le déconfinement n’entraîne pas une résurgence des infections.

Plus de 1,41 million de personnes ont été infectées aux États-Unis et plus de 85 900 en sont mortes, selon le dernier bilan de l’université de Johns Hopkins.