(Ottawa) Alors que le déficit à Ottawa dépasse les 250 milliards, l’absence de « désir » que manifeste le gouvernement Trudeau à dévoiler une mise à jour économique préoccupe vivement le directeur parlementaire du budget (DPB), Yves Giroux.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« C’est comme si le gouvernement avait décidé qu’il mettait ses énergies uniquement sur les dépenses qui sont nécessaires. Il n’y a personne qui réfute ce point-là, mais c’est comme si le gouvernement n’était pas capable de marcher et de mâcher de la gomme en même temps », lâche-t-il en entrevue avec La Presse.

L’agent indépendant du Parlement s’explique mal pourquoi l’appareil gouvernemental ne parvient pas à accoucher d’un énoncé, plaidant qu’« il y a des dizaines de milliers de fonctionnaires qui sont capables de contribuer à l’effort d’une mise à jour économique et financière en même temps qu’à la réponse à la COVID-19 ».

Celui qui a déposé plusieurs rapports sur divers aspects de la réponse gouvernementale à la crise est inquiet. Il l’exprime sans détour à l’autre bout du fil. « Ça m’inquiète de voir que le gouvernement ne semble pas avoir de plan pour rétablir les finances publiques, et qu’il ne semble pas non plus avoir le désir d’en dévoiler un. »

Ça m’inquiète pour une raison fondamentale : c’est qu’on n’a pas de plan de la part du gouvernement sur la suite des choses.

Yves Giroux, directeur parlementaire du budget

Le ministre des Finances, Bill Morneau, devait déposer un budget le 30 mars. Avant que la pandémie ne débarque en force au Canada et ne mène à la fermeture du Parlement et de la majorité de l’économie du pays. Depuis, le gouvernement a élaboré une série de mesures qui équivalent à presque autant d’exercices financiers. Des projets de loi ont été adoptés.

Mais pas de budget à l’horizon, à en croire ce qu’a affirmé mercredi le premier ministre Justin Trudeau : « On est dans une situation sans précédent où la donne est en train de changer extrêmement rapidement. Un budget, un énoncé économique, normalement, établit ce à quoi on pourrait s’attendre pour les 12 prochains mois, et c’est un défi en ce moment de prédire ce qui pourrait se passer dans les 12 prochaines semaines. »

En revanche, une haute fonctionnaire du gouvernement a indiqué mardi soir devant le Comité des finances que le processus de préparation d’une mise à jour économique était sur le point de se mettre en branle. « Cela implique évidemment une consultation avec le secteur privé, et nous prévoyons être en mesure de fournir une mise à jour dans les semaines à venir », a affirmé la sous-ministre adjointe déléguée des Finances, Alison McDermott.

« C’EST CLAIR QU’ON EST EN RÉCESSION »

Le DPB s’aventure par ailleurs à prédire que le compteur du déficit – qu’il chiffrait à 252,1 milliards pour 2020-2021 dans un rapport publié le 30 avril dernier – continue de tourner au rythme des annonces qu’égrène le gouvernement.

Depuis ce temps-là, d’autres mesures ont été annoncées, dont les prêts aux grandes entreprises et l’aide aux aînés – et les 252 milliards n’incluent pas non plus les mesures potentielles de relance économique qui seront peut-être nécessaires.

Yves Giroux

C’est ce qui amène l’économiste à dire que même si une récession est généralement définie comme une période de deux trimestres consécutifs de croissance économique négative, il est malgré tout « clair » que le Canada est en récession.

« On n’aura peut-être pas deux trimestres de croissance négative, on va probablement avoir une chute très, très abrupte au deuxième trimestre avec de la croissance pour le troisième, mais la chute va avoir été si drastique au deuxième que c’est clairement ce qu’on appelle une récession », soutient le DPB.

L’Institut C.D. Howe a conclu le 1er mai dernier que le Canada était entré en récession en raison de l’impact négatif qu’a eu la pandémie de COVID-19 sur l’économie du pays.