Le Québec est non seulement la province qui compte le plus de décès dus au coronavirus, c’est aussi celle où le taux de chômage est maintenant le plus élevé au Canada, à 17 %.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Le portrait du marché du travail du mois d’avril est de loin ce qu’on a vu de pire dans l’ère statistique moderne et reflète le plein impact de la paralysie de l’économie. Près de 2 millions d’emplois ont disparu en un mois au Canada, dont plus du quart, soit 556 500, au Québec.

Tout affreux qu’ils soient, les chiffres du mois d’avril rendus publics hier par Statistique Canada sous-estiment la réalité. En tenant compte des personnes sans emploi qui ne peuvent pas chercher du travail parce que tout est fermé, le taux de chômage au Canada serait de 17,8 % plutôt que de 13 %. Au Québec, le taux de chômage réel serait de 20,9 % plutôt que de 17 %.

« Les données des pertes d’emplois sous-estiment l’ampleur du choc économique », croit Matthieu Arseneau, chef économiste adjoint de la Banque Nationale.

« Comme économiste, ces statistiques sont choquantes, mais comme député, ces statistiques sont bouleversantes. Derrière les chiffres, il y a des milliers de travailleurs et de familles qui sont affectés par la crise », a commenté le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos, en annonçant que le programme fédéral de subvention salariale serait prolongé pour atténuer l’impact sur l’économie.

À 17 %, le taux de chômage du Québec est le plus élevé enregistré dans la province depuis 1976, première année de compilation de statistiques comparables à celles d’aujourd’hui.

Le Québec se démarque de triste façon. C’est la province qui a perdu le plus d’emplois et où le taux de chômage a grimpé le plus rapidement en un seul mois.

La décision de la province d’arrêter complètement toutes les activités jugées non essentielles, ce que les autres provinces n’ont pas fait, a complètement coulé le marché du travail. L’emploi dans le secteur de la construction a diminué de 38,6 % en un mois. Le secteur de la fabrication (- 113 800), le commerce de gros et de détail (- 100 500) et l’hébergement et la restauration (- 69 000) ont aussi beaucoup souffert.

Les pertes d’emplois se concentrent dans les petites entreprises et chez les travailleurs à temps partiel, les jeunes et les immigrés, moins bien rémunérés et non syndiqués. Selon Statistique Canada, plus de la moitié des emplois disparus depuis le début de la crise du coronavirus étaient dans les services d’hébergement et de restauration et dans le commerce de gros et de détail, deux secteurs où les salaires sont parmi les plus bas.

Les secteurs qui ont le moins souffert sont ceux où le télétravail est possible, comme la finance, l’assurance et les administrations publiques.

Temporaire, mais jusqu’à quand ?

Depuis le début de la crise, le Canada a perdu 3 millions d’emplois, soit plus que durant les trois dernières récessions survenues depuis 1980.

Au Québec, les pertes d’emplois depuis le début de la crise s’approchent du million, à 820 500. La moitié de ces emplois disparus, soit 404 000, étaient dans la région de Montréal, où le taux de chômage a bondi de 13,4 points de pourcentage depuis février et atteint maintenant 18,2 %. C’est presque deux fois plus élevé que le sommet de 10,2 % atteint lors de la récession de 2008-2009.

Il a fallu en moyenne six ans pour récupérer les emplois perdus lors des précédentes récessions, a souligné vendredi Statistique Canada. Dans le secteur des services, la récupération a généralement été plus rapide, soit autour de quatre mois.

Cette crise n’est pas comme les précédentes, parce que son impact est surtout dans le secteur des services, souligne Matthieu Arseneau, chef économiste adjoint de la Banque Nationale.

Les données sont désolantes, mais la situation est temporaire. On devrait voir un rebond de l’emploi dès le mois prochain, parce que l’activité a déjà commencé à reprendre.

Joëlle Noreau, économiste principale de Desjardins

Ce rebond, s’il se manifeste, risque d’être modeste. « Plus du cinquième des emplois sont concentrés dans des secteurs qui resteront fortement éprouvés dans les prochains mois », souligne Matthieu Arseneau.

Le commerce de gros et de détail, la restauration, le divertissement et le transport aérien pourraient mettre des mois à relever la tête.

Surtout, il ne faut pas attendre une nette amélioration de la situation de l’emploi au Québec, où l’activité de Montréal et de sa région reste paralysée, ce qui pèsera sur les chiffres de l’emploi du mois de mai.

20,5 millions d’emplois disparus aux États-Unis

La pandémie a mis à genoux l’économie américaine et détruit en deux mois la quasi-totalité des emplois créés dans le pays en dix ans de croissance, faisant grimper le taux de chômage à un niveau comparable à ceux de la crise des années 30. Ce sont 20,5 millions d’emplois qui ont été détruits, en avril, du jamais vu en si peu de temps.

La situation est désormais bien pire que celle qu’avait connue le pays il y a un peu plus de dix ans, lors de la Grande Récession qui avait suivi la crise financière mondiale. Il faut remonter à la Grande Dépression des années 30 pour trouver des chiffres comparables. Ainsi, le taux de chômage, qui affichait fièrement 3,5 % en février, son niveau le plus bas depuis 50 ans, a bondi à 14,7 %, son niveau le plus haut depuis 80 ans.

Et si « l’emploi a fortement chuté dans tous les secteurs », les destructions ont été « particulièrement importantes dans les loisirs et l’hôtellerie », relève le département du Travail, qui a publié vendredi ces chiffres. Les personnes les plus touchées restent en effet les plus fragiles, et notamment les personnes les moins diplômées et les moins bien payées. Les Hispaniques sont en première ligne, suivis des Afro-Américains.

– Avec l’Agence France-Presse