(Ottawa) L’ancien premier sous-gouverneur de la Banque du Canada Tiff Macklem est de retour à la banque centrale pour y occuper le plus haut poste, à un moment qui, selon lui, appelle à des mesures audacieuses et inédites pour contrer la crise économique alimentée par la pandémie de COVID-19.

Jordan Press
La Presse canadienne

Et une fois la crise actuelle passée, le nouveau patron de la banque centrale croit qu’un objectif clé pour l’institution sera de déterminer comment le changement climatique façonnera l’économie, la productivité, les dépenses et, ultimement, les prix.

Mais assis aux côtés de l’homme qu’il remplacera, Stephen Poloz, et du ministre des Finances Bill Morneau, M. Macklem a affirmé vendredi qu’il était d’abord « nécessaire d’essayer de vaincre la crise » pour stabiliser l’économie et « restaurer la confiance ».

Jusqu’à présent, la Banque du Canada a abaissé son taux d’intérêt directeur à 0,25 % et a lancé un programme d’achat d’obligations sans précédent pour financer la relance budgétaire fédérale, qui s’élève à plus de 146 milliards.

PHOTO CHRIS WATTIE, ARCHIVES REUTERS

Tiff Macklem et Stephen Poloz

Tous ces éléments pourraient constituer des « réponses politiques audacieuses et non conventionnelles » qui s’appuient sur l’idée qu’il faut « penser au-delà des réponses habituelles », a observé M. Macklem, qui quittera son poste de doyen de l’École de gestion Rotman de l’Université de Toronto.

Il a mis en garde contre les taux d’intérêt négatifs, qu’il juge trop perturbateurs pour un système financier déjà en dérangement, et a ajouté qu’il était à l’aise avec le fait que le seuil de 0,25 % soit le plus faible possible pour le taux directeur.

« Il est vraiment essentiel que le crédit continue de circuler, que (les entreprises) puissent emprunter de l’argent pour y parvenir, et une fonction essentielle de la Banque du Canada est de fournir les liquidités nécessaires au fonctionnement du système financier », a affirmé M. Macklem.

« Lorsque les restrictions seront levées, l’économie commencera à rebondir, mais ce ne sera pas un retour à la normale. Ce sera une approche progressive, dans laquelle ce virus sera présent pendant un certain temps, et la Banque du Canada jouera son rôle. »

La banque contrôle la masse monétaire du pays et tente de soutenir la croissance économique et la stabilité, tout en gardant l’inflation le plus près possible de sa cible idéale. En outre, les déclarations du gouverneur au sujet de l’économie et du système financier définissent les tendances et ont une incidence sur les marchés.

M. Macklem était le numéro deux à la Banque du Canada il y a un peu plus de dix ans, alors que le Canada sortait de la crise financière mondiale, et il a joué un rôle de premier plan au sein de la banque centrale pendant la crise elle-même. Claire Kennedy, qui a présidé le comité de recrutement de la banque qui a recommandé M. Macklem, a souligné dans un communiqué que ses antécédents faisaient partie des raisons pour lesquelles il avait été recruté pour le poste.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, a expliqué que la banque et le gouvernement recherchaient « une personne possédant une expertise et une compréhension approfondies non seulement de l’économie canadienne, mais de l’économie mondiale et du défi actuel ».

M. Macklem s’est intéressé ces dernières années au rôle de l’intelligence artificielle dans l’économie, ainsi qu’au changement climatique. L’an dernier, il a dirigé un groupe gouvernemental qui a recommandé la création de crédits d’impôt pour encourager les Canadiens à investir leur épargne-retraite dans des investissements verts.

« Le changement climatique est une force majeure qui aura un impact sur l’économie, comme la mondialisation, comme le changement technologique », a affirmé vendredi M. Macklem.

« Nous examinerons le changement climatique avec une foule d’autres forces économiques majeures agissant sur l’économie dans la mesure où elles affectent l’inflation. »

En choisissant M. Macklem pour devenir le dixième gouverneur de la banque centrale, le gouvernement a souligné la nécessité d’une « stabilité institutionnelle » à la Banque du Canada, a écrit l’économiste en chef de la Banque CIBC, Avery Shenfeld, et il est peu probable qu’il représente un changement majeur à sa tête.

Né à Montréal, M. Macklem était considéré comme l’un des meilleurs candidats pour devenir gouverneur en 2013, mais il a été ignoré au profit de M. Poloz. De même, Carolyn Wilkins, l’actuelle numéro deux de la banque centrale, se retrouvait haut sur la liste des potentiels successeurs à M. Poloz, qui quittera son poste le 2 juin.

M. Poloz a pour sa part indiqué qui quitterait son « emploi de rêve » à la banque avec une « joie mêlée de tristesse ».

« Chaque gouverneur comprend qu’il est un serviteur de l’institution, a-t-il affirmé. Et en cédant les rênes à quelqu’un d’aussi compétent que Tiff Macklem, j’ai la conviction que la banque et son rôle de soutien aux Canadiens seront en bonnes mains. »