Considéré comme le Noël des quincailleries, le printemps cause cette année des maux de tête aux marchands. Si certains appréhendent une affluence à laquelle ils ne pourront pas répondre, ils s’inquiètent également d’une diminution possible de leurs ventes par rapport à la même période l’an dernier.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

La longue fin de semaine de Pâques annonce souvent le début des achats de sacs de terre, de semis ou d’autres articles destinés à aménager le terrain. Un engouement qui atteint généralement des sommets au mois de mai.

« Les gens n’arrêteront pas de vivre, ils vont vouloir faire leur petit jardin, soutient Jean Laberge, président et propriétaire de Canac, chaîne comptant 30 quincailleries au Québec. Il y a une crainte de voir arriver les gens d’un coup sec et il y a une crainte de voir baisser les ventes, résume-t-il. Il faut tracer la ligne entre ne pas vendre à perte et ne pas avoir des employés à risque. »

Rappelons que La Presse a écrit plus tôt cette semaine que Canac avait cessé de produire son cahier publicitaire afin « de réduire l’achalandage en magasin ».

« Je vois avec appréhension l’arrivée du mois de mai, ajoute M. Laberge. Je ne sais pas comment la clientèle va se comporter. On ne pourra pas satisfaire toute la clientèle. »

Selon lui, certains adeptes du jardinage refuseront d’attendre longtemps en file le moment où on leur permettra d’entrer en magasin. Si l’an dernier, les ventes de mai ont été « extraordinaires », cette année, « on va passer à côté », craint M. Laberge.

À Montréal, Sylvie Robert, gérante d’un magasin Rona situé dans le quartier Villeray, affirme pour sa part que l’engouement a déjà commencé. « On n’a jamais vendu autant de peinture », dit-elle, ajoutant que beaucoup de gens viennent déjà à la quincaillerie pour se procurer terre et semis.

Même son de cloche du côté de la quincaillerie Patrick Morin à Pointe-aux-Trembles. Le directeur adjoint, Patrick Dussault, affirme que peinture et articles de jardin ont la cote en ce moment.

Les gens veulent s’occuper, donc, ils viennent en magasin.

 Patrick Dussault

De son côté, Richard Darveau, président et chef de la direction de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT) déplore le fait qu’il y ait encore des clients « qui insistent avec une certaine énergie pour magasiner ». Rappelons qu’en ce moment, les supermarchés et les quincailleries sont les seuls commerces ouverts. M. Darveau invite les consommateurs « à retarder leurs projets – s’ils sont non essentiels – jusqu’à ce qu’on soit de l’autre côté de la courbe ».

Favoriser l’achat en ligne

Pour éviter de longues files d’attente aux clients, pour diminuer les risques pour la santé des employés et pour ne pas nuire aux ventes, plusieurs quincailleries tenter de pousser les consommateurs vers l’achat en ligne.

M. Dussault, qui recommande cette façon de faire aux clients, souligne que son magasin a ajouté récemment un deuxième camion destiné aux commandes en ligne.

À Montréal, Sylvie Robert signale que sa quincaillerie dispose maintenant de son propre site internet, ce qui permet de faire des transactions directement avec le commerce de quartier. Sur les sites internet de Rona, Réno-Dépôt et Home Depot, on incite les gens au magasinage en ligne notamment en offrant la livraison gratuitement moyennant un certain montant d’achat. Du côté de Canadian Tire, on invite les clients à être patients. Le site de l’entreprise indique qu’il fait face à un trafic inhabituel.

Du côté de Canac, Jean Laberge précise pour sa part que le nouveau site web de l’entreprise sera en ligne d’ici le début de la semaine prochaine. Il estime néanmoins que cette façon de faire ne compensera pas les ventes perdues en magasin. « L’achat en ligne, ce n’est pas notre spécialité, admet-il soulignant du même coup que les ventes virtuelles sont faibles par rapport aux transactions effectuées en magasin. On n’est pas structurés pour faire des grosses ventes en ligne parce qu’on n’a pas de point de chute. Mais oui, on peut s’améliorer. »