En raison de la crise économique provoquée par le coronavirus, le déficit fédéral atteindra 184,2 milliards de dollars en 2020-2021, estime le Directeur parlementaire du budget. La taille de la dette fédérale augmentera d’environ le tiers : elle passera de 31 % de la taille de l’économie canadienne avant la crise à 41 % du PIB canadien en 2020-2021.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Il faut remonter à 2002-2003 pour que le ratio dette/PIB soit aussi élevé à 41,4 %. La dette fédérale sera toutefois beaucoup moins lourde qu’au milieu des années 1990, alors qu’elle avait atteint un sommet de 66 % de la taille de l’économie canadienne en 1995-1996.

Le déficit et la dette fédérale augmenteront de façon drastique pour deux raisons.

Premièrement, le gouvernement fédéral dépensera des sommes importantes pour venir en aide aux particuliers et aux entreprises en temps de crise. La subvention salariale d’urgence aux entreprises, qui vise à permettre aux entreprises ayant vu leur chiffre d’affaires chuter de 30 % durant la crise à garder leurs employés, coûtera environ 71 milliards pour trois mois. Ottawa paie ainsi 75 % du salaire des employés admissibles durant trois mois. L’autre nouveau programme fédéral : la Prestation canadienne d’urgence, qui coûtera environ 22 milliards à Ottawa. Au total, Ottawa dépensera environ 105 milliards en nouvelles mesures économiques liées à la crise du coronavirus.

Avant la crise, le gouvernement fédéral projetait un déficit 28,1 milliards en 2020-2021, soit environ 1,6 % de la taille de l’économie du pays.

Maintenant, le directeur parlementaire du budget prévoit que le gouvernement fédéral fera un déficit de 184,2 milliards en 2020-2021. C’est 6,5 fois plus qu’avant la crise. C’est aussi l’équivalent de 8,5 % du PIB du pays. Il faut remonter à l’année 1984-1985 pour que le déficit fédéral ait atteint 8,5 % du PIB.

L’autre facteur qui fait augmenter le déficit : le Canada vivra sa plus importante récession depuis la Grande Dépression des années 30, ce qui réduira les revenus fiscaux des gouvernements.

Le Directeur parlementaire du budget estime que l’économie canadienne se contractera de 5,1 % en 2020, principalement en raison d’une contraction de 25 % au trimestre actuel (d’avril à juin). Le taux de chômage devrait être d’environ 15 % pour la majeure partie de l’année. En mars, un million de personnes sont passées d’un emploi au chômage, ce qui a fait monter le taux de chômage de 5,6 % à 7,8 % au pays.

Le déficit fédéral pourrait être encore plus élevé que 184 milliards en 2020-2021 si le fédéral doit prendre d’autres mesures économiques, prévient le Directeur parlementaire du budget. « Malgré les mesures annoncées récemment, d’autres mesures financières pourraient être nécessaires pour soutenir l’économie au cours des prochains mois. De plus, après la mise en place des mesures de soutien, des mesures de relance financières pourraient être nécessaires pour que l’économie redémarre, surtout si le comportement des consommateurs et des entreprises ne revient pas à la “normale” rapidement », écrit le Directeur parlementaire du budget dans son rapport.