(Washington) La crise économique déclenchée par la pandémie aux États-Unis rappelle désormais les images de la Grande Dépression, avec ses millions de chômeurs et ses entreprises forcées de baisser le rideau en masse. Mais contrairement à 1929, les interventions puissantes et répétées des autorités laissent espérer un rebond rapide une fois le nouveau coronavirus éradiqué.

Julie CHABANAS et Christophe VOGT
Agence France-Presse

Depuis la mi-mars, ce sont chaque semaine des millions de personnes qui s’inscrivent au chômage : 6,6 millions de nouveaux inscrits du 29 mars au 4 avril, après un record de 6,8 millions de nouvelles demandes la semaine précédente.  

En seulement trois semaines, le marché du travail qui s’affichait au meilleur de sa forme depuis 50 ans s’est effondré au point de forcer 16,7 millions de personnes à remplir un dossier de demande d’allocation.  

En Floride, ils étaient des centaines à faire la queue pendant des heures ces derniers jours pour remplir les papiers, le système informatique étant tombé en panne.

Et ces chiffres terribles ne pourraient représenter que la moitié des emplois détruits par la pandémie, alertent les analystes d’Oxford Economics dans une note.

Les entreprises américaines sont en effet contraintes de licencier à tour de bras, étouffées par la brusque chute de l’activité liée aux mesures de confinement pour tenter d’enrayer la spirale des infections et des décès.

L’administration Trump, le Congrès et la Banque centrale se sont mobilisés depuis maintenant plusieurs semaines pour tenter de stopper l’hémorragie à coup de milliers de milliards de dollars.

Donald Trump est en pleine campagne pour tenter de décrocher un second mandat en novembre et son gouvernement essaie par tous les moyens de préserver l’emploi, et de s’assurer que les entreprises seront prêtes à redémarrer une fois levées les mesures de confinement qui frappent l’essentiel de la population du pays.

Il n’a pas caché sa volonté de redémarrer l’activité aussi vite que possible, et le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a estimé jeudi que le mois de mai était une échéance envisageable.

« Soutenir l’économie »

Jeudi, la Banque centrale est repartie à la charge en annonçant des prêts à hauteur de 2300 milliards de dollars pour « soutenir l’économie », en bonne partie à destination d’entreprises, mais aussi des collectivités locales et États fédérés qui sont en première ligne.

Ces mesures doivent permettre de « s’assurer que la reprise sera aussi vigoureuse que possible quand elle viendra », a souligné Jerome Powell.

Le taux de chômage monte « à une vitesse alarmante » quoique « temporaire », a-t-il relevé.

Les effets négatifs de cette crise pourraient toutefois être moins durables que ceux qui avaient suivi celle de 2008, avaient estimé des membres du comité monétaire de la Fed lors de leur dernière réunion, à l’issue de laquelle ils avaient abaissé les intérêts à des taux proches de zéro.

La Fed va fournir 600 milliards de dollars d’argent frais à des entreprises employant jusqu’à 10 000 personnes, ou avec un chiffre d’affaires de 2,5 milliards de dollars en 2019.

Ce programme « va faire une différence pour les 40 000 entreprises de taille moyenne qui emploient 35 millions d’Américains », a souligné pour sa part Steven Mnuchin.

L’argent ira aux sociétés « qui affichaient une bonne santé financière avant la crise » et pas question de laisser dirigeants et actionnaires se nourrir sur la bête : pas de rachat d’actions et de grosses primes avec l’argent public. Les autorités ont appris la leçon après les dérapages constatés dans la foulée de la crise financière de 2008.

Cette nouvelle injection d’argent de la Fed dans l’économie réelle vient compléter un dispositif d’aide aux entreprises de 500 employés ou moins, d’un montant de 350 milliards de dollars, lancé la semaine dernière par le Trésor, après le vote d’un gigantesque plan de relance de 2200 milliards de dollars.

M. Mnuchin demande d’ailleurs 250 milliards de dollars supplémentaires pour faire face à la demande des PME. Mais les négociations entre républicains, majoritaires au Sénat, et démocrates, majoritaires à la Chambre, ont échoué jeudi, et aucun vote n’est désormais prévu avant lundi.

La situation dans le reste du monde est tout aussi difficile et la majorité des pays n’a pas les moyens de la première économie du monde pour se redresser.

La pandémie a engendré « les pires dommages économiques depuis la Grande Dépression de 1929 », a affirmé jeudi la directrice générale du FMI. La croissance mondiale, elle « va devenir fortement négative en 2020 », a dit Kristalina Georgieva, qui craint même que 2021 s’avère « pire » que 2020 si la pandémie devait durer.

La barre des 15 000 morts a été franchie jeudi aux États-Unis.