La santé financière des régimes de retraite d’employeurs au Canada est recalée à son plus bas niveau en quatre ans en conséquence de la chute des marchés boursiers et des rendements obligataires depuis deux mois, en réaction au choc économique mondial provoqué par la crise de pandémie de la COVID-19.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

« Le premier trimestre de 2020 s’annonce comme le pire depuis plus d’une décennie pour les régimes de retraite à prestations déterminées (p. d.), et peut-être même de tous les temps pour les marchés financiers », résume Claude Lockhead, associé exécutif chez la firme-conseil Aon, spécialisée en régimes de retraite et en assurances-santé collectives d’employeurs.

D’après la mesure trimestrielle effectuée par Aon, le ratio de solvabilité médian des régimes de retraite de type p. d. a reculé de 13 points de pourcentage durant le premier trimestre 2020.

Au 31 mars, ce ratio de solvabilité était mesuré à 89,1 %, en chute considérable par rapport à la mesure de 102,5 % effectuée trois mois plus tôt, au 31 décembre 2019.

À ce niveau de la fin mars, la santé financière des régimes de retraite d’employeurs au Canada se retrouve à son plus faible niveau depuis le troisième trimestre de 2016.

La conséquence d’une telle chute en seulement trois mois ? Selon Claude Lockhead, « la volatilité et la baisse des prix des actifs (en marchés financiers) auront sans aucun doute des répercussions sur les stratégies de gestion de risque et de trésorerie (flux de liquidités) des administrateurs des régimes de retraite. »

Chez la firme-conseil Mercer Canada, le conseiller principal en gestion d’actifs de régimes de retraite, Hubert Tremblay, constate aussi que « les niveaux de capitalisation ont diminué et que presque tous les régimes (de type p. d.) souffriront de cette crise économique et de santé publique. »

Selon « l’indice de la santé financière des régimes de retraite » calculé par la firme Mercer, le ratio de solvabilité moyen des régimes de type p. d. au Canada aurait chuté de 19 points de pourcentage (de 112 % à 93 %) en fin de premier trimestre par rapport au calcul fait trois mois plus tôt, en toute fin d’année 2019.

Mais de l’avis d’Hubert Tremblay, même s’il s’agit d’une rechute brutale à court terme, « le fait que les marchés (d’actifs financiers) ont été secoués au tout début de l’année laisse aux administrateurs des régimes de retraite la flexibilité nécessaire pour décider des mesures à prendre d’ici la fin de 2020 » afin d’atténuer les conséquences à long terme sur la santé financière de leurs régimes.

N’empêche, chez la firme-conseil Aon, on estime que la « plus grande prudence » à court terme demeure de mise parmi les administrateurs des régimes de retraite, avant d’effectuer des modifications à leurs stratégies de placements.

« Le mois de mars a peut-être été le mois le plus cruel pour les marchés d’actions, mais nous ne sommes pas sûrs que la volatilité ait pris fin. Et dans les marchés obligataires, nous prévoyons une suppression du rendement des obligations (NDLR Taux d’intérêt proches de zéro) et la poursuite de la volatilité de ces marchés à court terme », indique Erwan Pirou, directeur des placements chez Aon.

« Alors que les conditions de liquidité (NDLR Ratio acheteurs-vendeurs) dans ces marchés financiers demeurent sous tension, les administrateurs de régimes de retraite doivent demeurer prudents avec leurs transactions de rééquilibrage de portefeuilles », ajoute Erwan Pirou.

« En contrepartie, ils doivent aussi rester prêts à profiter des possibilités qui peuvent se présenter lorsque des dislocations momentanées dans certains marchés et des conditions de liquidités serrées créent des erreurs d’évaluation du prix – comme c’est déjà le cas sur les marchés des titres de crédit, par exemple. »