(Ottawa) Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, reconnaît que les programmes d’aide pour soutenir les familles, les travailleurs et les entreprises annoncés jusqu’ici sont loin d’être parfaits. Mais il affirme du même coup que la priorité absolue du gouvernement Trudeau durant cette crise sans précédent est de tout mettre en œuvre pour donner rapidement un coup de pouce financier à ceux qui en ont grandement besoin.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

« Il faut s’assurer que les gens qui perdent leur emploi vont avoir assez d’argent pour payer les choses essentielles, comme la nourriture et leur logement durant cette crise. C’est notre priorité absolue », a affirmé le ministre Morneau dans une entrevue accordée vendredi à La Presse.

« Mais nous savons aussi que nous devons garder les emplois pour les gens une fois que la crise sera terminée. C’est aussi très important. Donc, il faut donner aux gens l’espoir qu’ils auront encore un emploi une fois que la crise sera passée », a ajouté le grand argentier du pays, qui a transformé son domicile à Toronto en véritable bureau satellite du ministère des Finances.

Voilà pourquoi le gouvernement fédéral a d’abord et avant tout mis sur pied la Prestation canadienne d’urgence (PCU), qui accordera une aide financière de 2000 $ par mois pendant les quatre prochains mois aux quelque 5,7 millions de travailleurs autonomes qui n’ont plus de revenus à cause de la crise de la COVID-19. L’Agence du revenu du Canada (ARC) commencera à compter de lundi prochain à traiter les demandes pour cette aide, dont le coût est évalué à 24 milliards.

Ottawa s’est ensuite activé à peaufiner le programme de subventions salariales, qui couvre 75 % des salaires des employés jusqu’à un maximum de 847 $ par semaine dans le cas des entreprises qui ont perdu au moins 30 % de leurs revenus à cause de la pandémie. 

Ce programme d’une durée de trois mois, qui coûtera 71 milliards de dollars au fisc canadien, sera aussi administré par l’ARC et devrait être fonctionnel dans trois semaines environ. Par cette mesure exceptionnelle, Ottawa veut à tout prix aider les entreprises à préserver leurs liens avec leurs employés.

Si des travailleurs et des entreprises glissent à travers les mailles du filet social, qui a été considérablement élargi durant cette crise, Bill Morneau s’engage à trouver une formule pour y remédier en cours de route. La situation, a-t-il tenu à souligner, évolue rapidement. La réponse du gouvernement doit aussi s’adapter rapidement.

« Nous avons opté pour la simplicité afin que les gens obtiennent l’aide aussitôt que possible. Nous sommes certains que nous avons manqué des choses. Mais notre approche est d’avoir un programme le plus vite possible. Et s’il y a des choses qu’on doit corriger par la suite, on va évaluer comment on peut le faire. Dans cette crise, je crois que c’est la bonne approche », a-t-il dit.

Quel défi représente une telle crise pour un ministre des Finances ? « C’est intense, c’est certain. Nous avons travaillé presque jour et nuit au cours des 10 dernières journées. C’est de loin le plus grand défi de toute ma vie et le plus grand défi pour la grande majorité d’entre nous », a-t-il lancé au bout du fil, sa voix trahissant une fatigue certaine.

« Cette crise représente des défis énormes. Chaque jour, on doit évaluer de nouvelles données. Chaque jour, il y a un défi différent ou plus grand que la journée précédente. On doit tout faire en même temps. Par exemple, on doit aider les gens pour s’assurer qu’ils aient assez d’argent. On doit en même temps venir en aide aux entreprises, les plus petites comme les plus grandes », a expliqué le grand argentier du pays.

« On fait beaucoup de choses en parallèle, comme s’assurer qu’il y a assez de crédit dans le marché. Mais certains dossiers prennent plus de temps que d’autres parce qu’on doit avoir des négociations avec des banques, par exemple. Il faut faire cela tout en s’assurant que cela fonctionne sur le plan administratif », a-t-il précisé.

Si Ottawa a annoncé certaines mesures sans avoir tout le détail, c’est par choix, a dit M. Morneau. « C’est pour préserver un certain niveau de confiance et d’espoir au pays et donner un sentiment de sécurité que l’aide s’en vient », a-t-il dit.

Depuis le début de la crise, Bill Morneau s’entretient avec ses homologues du G7 et ceux du G20 au moins une fois par semaine. Ces entretiens permettent de mieux saisir l’ampleur de la crise qui frappe la planète. M. Morneau a également un rendez-vous téléphonique hebdomadaire avec ses homologues des provinces.

Pour l’heure, il est beaucoup trop tôt pour évaluer l’ampleur du déficit qu’affichera le gouvernement fédéral durant l’exercice financier en cours. La semaine dernière, le directeur parlementaire du budget estimait à au moins 112 milliards le manque à gagner.

« Pour moi, il importe de s’attarder en priorité aux programmes qui vont protéger les gens. À tout moment, il faut garder en tête la santé, la sécurité des gens. Nous ne pouvons pas dire en ce moment dans quel état va se retrouver notre économique dans les prochains mois. Nous ne savons pas combien de temps va durer la crise. Mais il faut être transparents et, quand nous aurons plus d’informations, nous allons les communiquer », a-t-il promis.