À l’instar du papier hygiénique, devenu une denrée rare, les œufs sont fort populaires en ce moment auprès des consommateurs. Depuis les deux dernières semaines, les ventes ont augmenté de 50 % dans les supermarchés, a affirmé à La Presse Paulin Bouchard, président des Producteurs d’œufs du Québec.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

Le DHoracio Arruda, directeur national de santé publique, et les fameuses tartelettes portugaises qu’il avait l’intention de cuisiner pendant son confinement auraient-ils contribué à cette popularité grandissante des œufs ?

« Ce n’est pas impossible, répond M. Bouchard. On a tous pensé à en cuisiner. C’est viral, les gens m’en parlent beaucoup. » Les Producteurs d’œufs ont même récemment publié une recette du populaire dessert portugais – pasteis de nata – sur leur page Facebook. La préparation de 12 natas nécessite six jaunes d’œufs.

Chose certaine, depuis le début de la crise de la COVID-19, les œufs ont vite trouvé preneur et les rayons réfrigérés des supermarchés ont été dévalisés, rapportait récemment La Terre de chez nous. « Il y a un mouvement pour en acheter plus et en mettre en réserve, affirmait M. Bouchard, jeudi, au cours d’un entretien téléphonique avec La Presse. Les ventes ont connu une hausse importante. »

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

La suggestion du directeur de la Santé publique du Québec, Horacio Arruda, de profiter de cette période pour cuisiner davantage, notamment des tartelettes portugaises, n’est peut-être pas étrangère à l’engouement actuel pour les œufs.

Une information confirmée par Jean-François Belleau, directeur des relations gouvernementales et publiques du Conseil canadien du commerce de détail (CCCD). Celui-ci représente plusieurs grandes chaînes comme IGA, Metro, Loblaw, Walmart et Costco. Cette augmentation de 50 % représente une bonne nouvelle pour les producteurs, qui ne peuvent plus vendre dans les restaurants. Rappelons que ceux-ci ont été contraints de fermer leur salle à manger.

Les gens sont retournés aux fourneaux, souligne M. Belleau pour expliquer cette hausse. « Ils consomment beaucoup plus d’œufs. Ils ont recommencé à cuisiner. » La farine a elle aussi commencé à se faire plus rare dans les étalages, informe-t-il.

Avec les voyageurs de retour au pays, les employés d’entreprise qui font du télétravail et les enfants qui ne fréquentent plus l’école ou la garderie, la plupart des Québécois prennent leurs repas à la maison, ajoute Paulin Bouchard. « Il y a des gens qui déjeunaient à l’extérieur qui déjeunent maintenant à la maison », explique-t-il.

Il se consomme annuellement 250 œufs par habitant au Québec. Ce nombre comprend les œufs que les gens mangent seuls, mais également ceux destinés à la préparation des gâteaux et de la mayonnaise, par exemple. Les 160 producteurs comptent 5,5 millions de poules pondeuses.

Maintenir l’approvisionnement

Dans la situation actuelle où certains supermarchés peinent encore à remplir les étagères, les Producteurs d’œufs et le CCCD se font rassurants : il n’y a pas de pénurie annoncée. « Les poules pondent 5 millions de nouveaux œufs chaque matin, affirme M. Bouchard. Le défi que l’on a en ce moment, c’est de réacheminer les œufs aux bons endroits. »

C’est que les produits normalement destinés aux restaurants ne sont pas emballés dans des cartons pouvant contenir une douzaine d’œufs.

« Les lignes de production sont différentes, ajoute Jean-François Belleau. C’est ce qui fait que c’est plus difficile en magasin. Il faut que l’industrie de l’emballage s’adapte aussi. »

Les supermarchés qui vendent principalement des œufs de calibre gros et extragros devront également se résoudre à offrir également ceux de taille moyenne, normalement utilisés dans les restaurants.