Le dollar canadien a eu une autre dure journée mercredi et a clôturé sous les 70 cents américains pour la première fois en quatre ans.

HÉLÈNE BARIL HÉLÈNE BARIL
La Presse

La devise canadienne est attaquée de deux côtés en même temps, explique Krishen Rangasamy, économiste principal de la Banque Nationale. « La chute brutale des prix du pétrole fait baisser le dollar et la crise du coronavirus entraîne les investisseurs vers les valeurs refuges, ce qui favorise le dollar américain. »

Le dollar canadien a encore perdu de sa valeur, mercredi, à 68,6 cents américains.

Selon M. Rangasamy, une grande partie de la faiblesse actuelle du dollar vient de l’effondrement du prix du pétrole, qui accroît la probabilité d’une récession au Canada. Même si l’économie canadienne dépend moins qu’avant du secteur pétrolier, le pétrole est toujours un de ses principaux produits d’exportation, ajoute-t-il. La devise canadienne est encore assimilée par les marchés à un pétrodollar. Les prix du pétrole ont continué de sombrer mercredi sur les marchés internationaux, au point où personne ne sait où le mouvement pourrait s’arrêter. 

Le prix du brut de référence américain, le WTI, a perdu 24 % de sa valeur mercredi, pour finir la journée à 20,83 $US le baril. Le baril de Brent, la référence internationale, a reculé de 13 %, à 24,88 $US, une première en presque 20 ans.

Le pétrole canadien, qui se vend toujours au rabais par rapport au WTI, est tombé sous les 10 $US le baril, du jamais-vu.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Le pétrole perd de sa valeur pour deux raisons : d’une part, la demande mondiale s’est effondrée parce que l’économie mondiale est paralysée par la COVID-19 et, d’autre part, deux des principaux producteurs mondiaux, l’Arabie saoudite et la Russie, refusent de réduire leur production pour s’ajuster à la baisse de la demande.

La guerre des prix que se livrent les deux pays pourrait se prolonger. C’est la raison pour laquelle l’économiste de la Banque Nationale croit que le dollar canadien n’a pas fini de baisser. « Il devrait baisser encore avant de remonter à la fin de l’année », prévoit Krishen Rangasamy, qui ne serait pas surpris de voir la valeur du dollar américain passer à 1,48 $ canadien dans les prochaines semaines.

Les marchés s’attendaient à ce que la Banque du Canada réduise encore son taux directeur, mercredi, ce qui l’aurait rapproché du taux américain. Il n’y a pas eu de baisse de taux, ce qui aurait pu expliquer en partie une baisse du dollar canadien. Les autres facteurs, prix du pétrole et panique sur les marchés, sont toutefois les principaux éléments d’explication de la baisse, selon l’économiste.