(Ottawa) La croissance économique au Canada a ralenti au cours des trois derniers mois de 2019, enregistrant ainsi son pire trimestre en trois ans, a indiqué vendredi Statistique Canada.

Jordan Press
La Presse canadienne

Selon l’agence fédérale, la croissance du quatrième trimestre s’est établie au taux annualisé de 0,3 %, son pire résultat depuis le deuxième trimestre de 2016, lorsque l’économie s’est contractée.

Statistique Canada a en outre révisé sa lecture pour le troisième trimestre et fait maintenant état d’un taux annuel de croissance de 1,1 %, par rapport à celui de 1,3 % initialement dévoilé.

Les économistes s’attendaient à une croissance annualisée de 0,3 % au quatrième trimestre, selon les prévisions recueillies par la firme de données financières Refinitiv.

Le ralentissement des derniers mois de 2019 fait en sorte que la croissance de l’économie pour l’ensemble de l’année atteint 1,6 %, après s’être établie à 2,0 % en 2018.

La publication du rapport sur le PIB survient alors que tous les yeux sont tournés vers la nouvelle éclosion de coronavirus qui a commencé en Chine, et son impact sur l’économie mondiale. Les chiffres viennent aussi préciser le paysage économique avant l’annonce de la Banque du Canada au sujet de son taux d’intérêt directeur, prévue la semaine prochaine.

La banque centrale a maintenu son taux directeur inchangé en janvier, mais a laissé la porte ouverte à de possibles baisses si jamais la faiblesse de l’économie se montrait plus persistante que prévu.

Il est possible que la banque réduise son taux directeur dès la semaine prochaine — une décision qui favoriserait les dépenses des ménages plutôt que l’épargne — si l’épidémie de COVID-19 s’aggrave, a estimé l’économiste en chef de la Banque CIBC, Avery Shenfeld.

Mais une baisse des taux n’est « en aucun cas un remède », a précisé M. Shenfeld dans une entrevue.

« Ce serait un petit pansement sur un problème majeur à court terme, mais pourquoi ne pas utiliser le pansement si vous l’avez ? »

Les investissements des entreprises se sont de nouveau contractés, ce qui pourrait être le symptôme de plus grandes inquiétudes au sujet de perspectives économiques plus larges, notamment le commerce, a fait valoir Brian DePratto, économiste principal chez Services économiques TD.

« Si nous regardons cette année, nous voyons beaucoup de vents contraires – le coronavirus est le plus évident », a souligné M. DePratto dans une entrevue.

« Nous pourrions certainement être dans une position plus forte alors que nous envisageons certaines de ces difficultés. »

Statistique Canada a expliqué que la faiblesse du quatrième trimestre de 2019 était le résultat de fermetures d’oléoducs, de conditions de récolte difficiles pour les agriculteurs, d’une grève de huit jours en novembre chez le Canadien National (CN) et des répercussions d’une grève de travailleurs du secteur automobile aux États-Unis, ainsi que des tensions commerciales mondiales persistantes.

Cette baisse a été contrebalancée par une augmentation des dépenses des ménages.

La Chambre de commerce du Canada a fait valoir, dans un communiqué, que ces données confirmaient que l’économie était en crise, et a utilisé le communiqué pour inciter le gouvernement fédéral à préparer un meilleur plan économique.

« L’économie canadienne est déjà entrée en 2020 dans une situation de faiblesse, sans même tenir compte de l’impact significatif des perturbations ferroviaires, la décision de Teck d’abandonner son projet Frontier et les impacts économiques mondiaux imminents du coronavirus », a affirmé l’économiste en chef du groupe, Trevin Stratton, dans une déclaration.