(Paris) Les économies émergentes, qui tablaient sur un rebond de la croissance mondiale cette année pour se remettre en selle, pourraient être les premières victimes de l’épidémie de coronavirus qui frappe la Chine, l’un de leurs principaux marchés.

Antonio RODRIGUEZ
Agence France-Presse

« Plus les pays émergents sont dépendants de leurs exportations vers la Chine, plus ils paieront les pots cassés du coronavirus », affirme à l’AFP Alicia Garcia, cheffe économiste de la banque Natixis pour l’Asie, basée à Hong Kong.

Un avis partagé par Charles de Quinsonas, du gestionnaire d’actifs britannique M & G : « Si le virus venait à effectivement enterrer toute perspective de croissance pour la seconde économie mondiale, cela aurait un impact direct sur les émergents », prévient-il.

De nombreux pays exportateurs de matières premières et de produits agricoles ont bénéficié depuis plus d’une vingtaine d’années de l’effrénée croissance de la Chine qui s’est approvisionnée massivement à l’étranger pour soutenir le développement de son économie.  

« Tous les pays producteurs de pétrole seront touchés », assure à l’AFP Julien Marcilly, chef économiste de l’assureur-crédit Coface, qui rappelle que la Chine consomme plus de 10 % de la production mondiale et qu’elle entraînerait forcément une baisse des cours si sa demande chutait.  

À vrai dire, les prix du pétrole ont déjà subi le choc du coronavirus avec une chute de plus de 15 % depuis le début de l’année. Ils ne sont pas seuls : les métaux ont aussi plongé, à l’image du cours du cuivre qui a perdu 7 % pendant la même période.  

« Ces chutes sont dues aux craintes de ralentissement de la croissance chinoise et d’une demande en baisse pour ces matières premières », explique M. de Quinsonas, qui s’attendait pourtant à un « scénario parfait » pour les émergents cette année.  

« Si je mets le virus de côté, il y a un environnement quasi parfait pour les émergents avec rebond attendu de la croissance et des taux d’intérêt qui ne devraient pas remonter ni aux États-Unis ni en Europe » et donnent ainsi de la marge aux banques centrales des émergents pour abaisser les leurs, constate-t-il.

Une crise aggravée

Le coronavirus pourrait tout chambouler : les émergents se retrouveraient sans la locomotive qui a tiré leurs exportations au cours des deux dernières décennies à un moment où la croissance mondiale est déjà fragilisée par la guerre commerciale que se sont livrée Washington et Pékin ces dernières années.  

« La Chine représente aujourd’hui près de 50 % de la demande mondiale d’acier et des pays exportateurs comme la Russie, la Corée du Sud ou encore la Turquie pourraient être pénalisés si la détérioration des cours se poursuit », souligne M. Marcilly.  

Les pays asiatiques qui fournissent leur grand voisin en matières premières, à l’image de la Malaisie, seront les premiers touchés, estime Mme Garcia, signalant toutefois que l’Amérique latine fera partie des régions les plus pénalisées par un coup de frein de l’un de ses principaux partenaires commerciaux.

Pour Mme Garcia, des pays comme le Chili, qui exporte du cuivre, et le Brésil, premier producteur mondial de soja devant les États-Unis, se retrouvent en première ligne avec le coronavirus.  

Les émergents sont déjà menacés par l’accord commercial signé à la mi-janvier entre les États-Unis et la Chine, par lequel cette dernière s’est engagée à acheter pour 200 milliards de dollars de produits américains, qui pourraient remplacer des importations chinoises en provenance d’autres pays, comme le soja brésilien ou argentin.

« Le coronavirus n’est pas une bonne nouvelle pour le Brésil », reconnaît M. Marcilly. « Si les États-Unis exportent plus vers la Chine, c’est le Brésil qui va en souffrir le plus ».  

Mme Garcia ajoute un autre risque qui pourrait pénaliser les pays exportant vers le géant asiatique. « Il est probable que le consommateur chinois se tourne vers les produits nationaux pour relancer l’économie », pronostique-t-elle.