Le Québec semble en voie de s’imposer comme la terre de l’innovation la plus propice du monde pour tout ce qui touche la conception, le développement et la fabrication de systèmes de tests de fiabilité, de mesure de performance et de traçabilité et la ville de Québec se profile comme la capitale de ce royaume mondial des tests.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Mercredi, la firme Eddyfi Technologies de Québec a annoncé l’acquisition au prix de plus de 400 millions du groupe européen NDT Global. Cette transaction va lui permettre de plus que doubler ses revenus tout en élargissant sa présence à plus de 110 pays et elle fera tripler le nombre de ses employés.

Eddyfi Technologies conçoit et développe des solutions dans le domaine des tests et de la mesure axés sur le contrôle non destructif, c’est-à-dire que ses logiciels et ses capteurs sont capables d’évaluer l’intégrité de matériaux et de structures complexes sans les dégrader.

Les clients d’Eddyfi sont les fabricants et les exploitants d’infrastructures critiques, comme les pipelines, les turbines, les raffineries, les mines, les centrales nucléaires, le matériel de transport…

J’ai rencontré il y a trois ans Martin Thériault, le PDG et cofondateur d’Eddyfi Technologies dans ses bureaux du Parc technologique de Québec. L’entreprise s’apprêtait à franchir la marque des 50 millions de revenus et venait d’accueillir la Caisse de dépôt comme actionnaire dans la foulée d’un financement de 36 millions contre une participation de 24 % à son capital.

PHOTO MATHIEU BÉLANGER, ARCHIVES LA PRESSE

Martin Thériault, PDG d'Eddyfi Technologies

« On a réalisé quatre petites acquisitions qui ont porté nos revenus à 100 millions l’an dernier, m’a souligné Martin Thériault jeudi. On a décidé d’accélérer le mouvement en réalisant l’acquisition de NDT Global, un leader mondial dans l’inspection en ligne de pipelines et de plateformes de forage.

On avait 200 personnes à Québec, une centaine dans l’Ouest canadien et quelques-uns aux États-Unis. Là, on va avoir des bureaux dans 20 pays avec des équipes de 225 personnes en Allemagne, 50 en Espagne, 30 en Irlande, 100 à Houston et 140 au Mexique.

Martin Thériault

La majorité des activités administratives de NDT Global vont être rapatriées d’Irlande au siège social de Québec. Les revenus du groupe vont franchir la barre des 300 millions cette année et la profitabilité devrait être à l’avenant.

« Eddyfi/NDT va être très profitable. On est dans une industrie où les marges sont très bonnes, entre 35 et 40 %. Le secteur pétrole et gaz va représenter 80 % de notre volume, mais on va garder une bonne présence dans les marchés de l’aérospatiale et du nucléaire », souligne Martin Thériault.

Pour racheter l’industriel allemand qui était l’unique propriétaire de NDT Global, Eddyfi Technologies a réalisé un important refinancement de 600 millions.

La Caisse a réinjecté 107 millions dans l’entreprise et Novacap s’est jointe comme actionnaire en réalisant la plus importante prise de participation de son histoire avec un investissement de 163 millions.

Investissement Québec et un syndicat bancaire dirigé par la Banque Nationale ont financé par emprunt les 300 millions restants.

Des tests sur mesure

« La prochaine étape va nous amener dans le secteur du transport ferroviaire, notamment, où le rail [a besoin de] beaucoup d’amour. Il y a beaucoup de réseaux de chemin de fer qui souffrent de l’usure du temps et on va être là pour les évaluer, tout comme les roues de métal des wagons », ajoute Martin Thériault.

« On apporte à NDT Global notre science et les technologies qu’on a développées. On peut examiner un pipeline de 100 kilomètres de long en prenant des lectures des parois tous les 2 millimètres grâce à un robot qui capte les données. Aucune fuite n’est tolérable aujourd’hui et on est là pour les prévenir », explique l’entrepreneur techno.

La nouvelle Eddyfi/NDT fait partie d’un groupe de quatre entreprises de tests par échographies des matériaux – avec Roper Technologies, Olympus et Sonatest – qui sont toutes installées à Québec et qui trônent au sommet des 10 plus importantes du monde.

On forme une grappe industrielle mondialement reconnue.

Martin Thériault

Mais au-delà des tests axés sur le contrôle non destructif, on peut aussi compter à Québec sur l’entreprise Exfo, fondée par l’entrepreneur Germain Lamonde, qui est elle aussi un leader mondial de la conception et du développement de systèmes de tests pour les réseaux de télécommunications. Tous les acteurs majeurs de l’industrie à l’échelle mondiale utilisent les solutions de tests d’Exfo.

Dans le domaine de la traçabilité, Québec abrite aussi le groupe Optel, le leader mondial des technologies qui permettent de réaliser une traçabilité intégrale dans toute la chaîne de production, de la matière première jusqu’aux consommateurs.

Montréal n’est pas en reste. La semaine dernière, je vous présentais la société Averna, spécialisée dans la conception de solutions de contrôle de qualité de produits technologiques, qui est en pleine expansion et qui aspire à devenir un acteur mondial au cours des cinq prochaines années.

Comment expliquer un pareil succès collectif dans un secteur aussi niché ?

Martin Thériault estime que la base scientifique solide qu’ont acquise plusieurs sociétés québécoises dans le domaine du logiciel leur confère cet avantage concurrentiel que l’on constate aujourd’hui.

François Rainville, le PDG d’Averna, attribuait en partie le succès de nos entreprises dans ce secteur particulier des tests à la forte diminution de la production manufacturière au Québec.

À force de délocaliser la fabrication de produits, on a développé un talent à perfectionner et rendre meilleurs ceux que l’on consomme, mais qui sont faits ailleurs… On ne souhaite pas que ce soit le même destin qui se répète éventuellement dans le secteur de l’aéronautique.