(Montréal) Les ventes d’essence au Québec ont dépassé le cap des 10 milliards de litres en 2018, révèle la dernière édition de l’État de l’énergie au Québec 2020, qui trace un portrait peu rassurant de l’évolution de nos habitudes énergétiques.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

« Je suis très déçu d’avoir à constater les mêmes tendances, qui s’accélèrent année après année », commente Pierre-Olivier Pineau, le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie HEC Montréal qui réalise ce bilan annuel.

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Comme par les années passées, « les tendances de consommation sont contraires aux objectifs énergétiques et de réduction des gaz à effet de serre », déplore le professeur. Il faudra changer radicalement nos habitudes parce que les mesures en place, comme le marché du carbone, ne sont pas suffisantes, dit-il.

Car malgré les bonnes intentions et les beaux discours, la consommation de pétrole continue d’augmenter au Québec. « Si la tendance des six dernières années se maintient, les ventes totales de produits pétroliers en 2030 seront de 32 % plus élevées qu’en 2013, alors que la cible est de-40 % par rapport à 2013 », précise le document.

Les ventes de véhicules électriques sont en forte hausse, mais les voitures électriques et rechargeables ont représenté à peine 3 % des ventes totales de véhicules neufs en 2018.

Ce sont encore les camions légers (VUS et camionnettes) qui se sont le mieux vendus, avec 64 % des ventes totales de véhicules neufs, suivis par les voitures, avec 33 % des ventes totales.

Depuis 2015, les Québécois achètent plus de VUS que de voitures.

Les ventes de véhicules, toutes catégories confondues, augmentent plus rapidement que la population. Il y a plus de véhicules et ils sont plus gros, ce qui explique que les ventes d’essence sont à la hausse même si les moteurs sont plus économiques en carburant.

Des maisons plus grandes

Les Québécois sont parmi les plus gros consommateurs d’énergie par habitant dans le monde. Ça s’explique en partie parce qu’ils habitent des maisons de plus en plus grandes. De 1990 à 2017, la surface moyenne des logements a augmenté de 19,1 %, en partie parce qu’il se construit plus de maisons unifamiliales que d’appartements. Le chauffage des espaces habitables représente 65 % de la consommation d’énergie d’un ménage.

L’État de l’énergie 2020 fait état de certains progrès dans la décarbonisation de l’économie, notamment la production de gaz naturel renouvelable qui figure pour la première fois dans le bilan énergétique de la province.

Selon Pierre-Olivier Pineau, il y a des choses à faire sans attendre pour accélérer la transition énergétique. Par exemple, le transport de marchandises par camions devrait être réduit et le transport par train devrait augmenter. « Transporter une tonne de marchandise par train plutôt que par camion représente une réduction de la consommation d’énergie de 92 % », illustre-t-il.

De même le covoiturage pourrait être beaucoup plus utilisé, avec toutes les plateformes électroniques qui existent. « Ceux qui veulent rester en banlieue pourraient facilement utiliser le covoiturage pour se rendre à la gare ou au à la station de métro », dit-il.