L’accord annoncé mercredi par les États-Unis, qui veut forcer la Chine à augmenter ses achats de biens et services américains, va à l’encontre des règles de l’Organisation mondiale du commerce et risque d’être néfaste pour le Canada, estiment les experts interrogés par La Presse.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Si la Chine augmente ses importations de céréales, de viande ou de gaz naturel, comme le prévoit l’entente, ses autres fournisseurs, dont le Canada, pourraient écoper, estime Patrick Leblond, professeur à l’Université d’Ottawa et spécialiste du commerce international.

« C’est un risque, bien sûr », dit-il. 

Dans un contexte où la croissance de la Chine ralentit, si elle augmente ses achats d’un côté, il faudra que ça diminue de l’autre. Est-ce que c’est le Canada ou d’autres, comme le Brésil, qui en souffriront ? Ça reste à voir.

Patrick Leblond, professeur à l’Université d’Ottawa et spécialiste du commerce international

Pierre Cléroux, vice-président et économiste en chef à BDC, pense qu’il ne faut pas s’inquiéter outre mesure. « Ce que l’accord fait surtout, c’est empêcher de nouveaux tarifs et réduire un peu ceux qui sont en place. L’impact sera limité », avance-t-il.

Si l’économie américaine bénéficie de l’entente avec la Chine, le Canada en profitera aussi, étant donné qu’il s’agit de son principal partenaire commercial.

Selon l’économiste de la BDC, les besoins de la Chine sont énormes, surtout pour les produits agricoles et l’énergie. Le Canada n’a pas trop à craindre de perdre ce marché, tempère-t-il.

C’est aussi l’avis de Zhan Su, directeur de la Chaire Jarislowsky en affaires internationales de l’Université Laval. « La Chine n’est pas le principal partenaire économique du Canada, relativise-t-il. L’entente signifie peut-être des pertes d’opportunités pour le Canada, mais il ne perdra pas ce qu’il a déjà. »

Les producteurs de porcs du Québec, pour qui le marché chinois est très important, ont peut-être plus à perdre, selon Zhan Su, parce que la croissance prévue risque de ne pas être pas au rendez-vous.

Contre les règles de l’OMC

Le professeur Zhan Su ne croit pas que l’accord conclu par la Chine et les États-Unis soit une entente historique, mais il estime qu’elle est importante parce qu’elle force les Chinois à augmenter leurs importations de biens américains. L’autre grief des Américains, les pratiques déloyales de la Chine, reste toutefois entier. « La Chine a fait les concessions les plus faciles à faire, celles qui ne touchent pas à son organisation », constate-t-il.

Richard Ouellet, spécialiste en droit international et professeur à l’Université Laval, s’inquiète aussi de l’impact négatif que pourrait avoir l’accord sur les exportations canadiennes de produits agricoles ou de gaz naturel. Mais il est surtout très inquiet pour l’avenir du commerce international en général.

Ça va complètement à l’encontre des règles de l’Organisation mondiale du commerce et ça me fait très peur.

Richard Ouellet, spécialiste en droit international et professeur à l’Université Laval

Comme juriste, Richard Ouellet considère qu’il s’agit d’une infraction très claire à l’article 24 du GATT, qui dit que les ententes régionales ne doivent pas rendre le commerce plus difficile pour les pays qui n’en font pas partie.

C’est un changement majeur de paradigme, croit Richard Ouellet. « Le managed trade remplace le free trade. »

« Et ce sont les deux principales économies du monde qui font ça », souligne-t-il. L’OMC est en crise et il ne faut pas trop s’attendre à ce que des pays se plaignent officiellement de l’accord entre les États-Unis et la Chine, selon lui.

Les petits pays, comme le Canada, ont beaucoup à perdre et devraient dénoncer cet accord, croit Richard Ouellet.