Au cours des 10 derniers mois, j’ai utilisé le mot « crise » dans plus de 70 % des chroniques et des entrevues que j’ai réalisées, et comme la totalité des gens, je suis en surdose du coronavirus et en attente impatiente de pouvoir élargir mes champs d’intérêt à des sujets autres que les innombrables contraintes et conséquences que la pandémie de COVID-19 a induites. Je vous propose un bref retour sur ma couverture d’une crise qui a bouleversé toutes nos vies en 2020 et qui, malheureusement, continuera de le faire en 2021.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Comment, à titre de chroniqueur économique, ai-je vécu la dernière année marquée par la crise du coronavirus ? Pas différemment de l’immense majorité des gens qui la subit comme vous et moi depuis près de 10 mois maintenant. Avec stupéfaction au début, une nécessaire résignation par la suite et une profonde lassitude depuis la multiplication des cas qu’on enregistre depuis l’automne.

Comme tout un chacun, j’ai vu en début d’année se former progressivement la vague du tsunami qui est née en Chine, sans me douter de l’ampleur dévastatrice qu’elle allait prendre. Pourtant, dès le mois de janvier, les images qui nous provenaient de la ville de Wuhan, épicentre du séisme, devenaient de plus en plus inquiétantes.

Le 6 février, lors d’une réception du Cercle des grands bâtisseurs de la Caisse de dépôt, je croise Daniel Lamarre, PDG du Cirque du Soleil. Il est blême et ne cache aucunement son inquiétude. « On vient d’annuler tous nos spectacles en Chine et on ferme notre siège social de Hangzhou, ça ne va vraiment pas », m’explique-t-il. Le Cirque du Soleil devient la première entreprise québécoise victime bien réelle de la pandémie en devenir. On connaît la suite.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Chaque jour, la crise sanitaire a fait apparaître de nouvelles conséquences : fermeture des commerces, des restaurants, des salles de spectacle, arrêt de la production industrielle jugée non essentielle, etc.

Quelques jours plus tard, le 12 février, j’écris une chronique intitulée « L’énigmatique COVID-19 », dans laquelle je me demande comment le confinement sévère de 50 millions de Chinois va influer sur la chaîne mondiale d’approvisionnement, et quand et comment le nouveau coronavirus touchera l’Amérique du Nord.

Des questions qui hantent aussi les marchés boursiers qui, jusqu’au 20 février, fracassaient régulièrement de nouvelles marques records.

Le 28 février, les Bourses nord-américaines tombent en correction, c’est-à-dire qu’elles ont accumulé en une semaine des pertes de 10 %. Le 11 mars, on assiste à la fin du plus long marché haussier de l’histoire – il aura duré 11 ans – alors que les marchés accusent des reculs de 20 %. Le 23 mars, les pertes des Bourses nord-américaines atteignent 35 %, un repli magistral enregistré en moins d’un mois seulement.

À partir du 13 mars et du Grand Confinement décrété par Québec, qui a marqué le début du télétravail pour tous, je me suis mis, comme tous mes collègues de La Presse, à écrire sans relâche sur les répercussions économiques, financières et humaines de la pandémie.

Chaque jour, la crise sanitaire faisait apparaître de nouvelles conséquences : fermeture des commerces, des restaurants, des salles de spectacle, arrêt de la production industrielle jugée non essentielle, nouvelles mesures budgétaires décrétées en toute urgence pour soulager le plus grand nombre – dont l’adoption rapide des concepts de subvention salariale et la Prestation canadienne d’urgence –, le plan d’aide aux entreprises, les conversions manufacturières pour la production de matériel médical et sanitaire… Bref, le printemps a été un feu roulant de mesures, de contre-mesures et de démesure.

Un peu d’air dans la pandémie

J’ai eu la chance, toutefois, d’amorcer le premier confinement en région, dans le Bas-du-Fleuve, et de profiter du déconfinement du début de l’été pour réaliser une tournée éclair du Québec avant de replonger comme tous les Québécois dans cette nouvelle pause forcée du temps des Fêtes.

Même si la crise du coronavirus a touché le Québec tout entier, la situation en région était au départ nettement moins anxiogène qu’elle ne l’était à Montréal, où la fermeture du centre-ville et de tous les centres commerciaux a semblé amplifier l’effet de dévastation que cette crise sanitaire venait de provoquer, alors que l’essentiel des cas d’infection était recensé dans la grande région métropolitaine.

Après avoir passé la première semaine de confinement en région à réaliser des chroniques sur le terrain, mais aussi à perfectionner mes habiletés de néo-télétravailleur, je suis revenu en zone urbaine pour plonger à fond dans la couverture de crise en temps de confinement.

Durant tout le printemps, comme tous les Québécois, j’ai mangé mon pain noir (je n’ai pas succombé à la mode de fabriquer mon propre pain parce que, de toute façon, il y avait pénurie de levure) et j’ai travaillé de la maison, ponctuant mes journées de longues marches qui permettaient une saine aération de l’esprit et une bienfaitrice tonification du corps…

Mais à la fin du printemps, dès que le gouvernement québécois a annoncé le déconfinement graduel et territorial du Québec, je me suis porté volontaire pour aller mesurer comment se déployait la relance économique dans plusieurs de nos grandes régions.

Quelle était l’étendue des dégâts, qui s’en sortait bien, comment avait-on profité de la crise pour mieux en émerger ? Voilà autant de questions dont j’ai cherché les réponses durant un périple qui m’a mené des Hautes-Laurentides à l’Abitibi, puis dans le Nord-du-Québec, au Lac-Saint-Jean et au Saguenay, dans Charlevoix et à Québec, avant de terminer en Beauce et en Estrie.

Un périple qui s’est déroulé la semaine même où les restaurants venaient de rouvrir leurs portes, alors que j’étais parmi les premiers clients de plusieurs hôtels qui m’ont accueilli.

Au début de l’été, le Québec économique s’était résolument remis en marche, avec des reprises étonnantes dans le domaine touristique et des succès éclatants dans celui des ressources naturelles, notamment dans le secteur minier et de la foresterie.

C’était avant le déferlement de la deuxième vague du tsunami COVID-19, qui s’est amorcée à l’automne et qui frappe depuis de façon beaucoup plus virulente qu’on ne l’aurait souhaité. Mais comme on l’a fait avec la première vague, on va surmonter la deuxième et espérer, grâce à un exercice de vaccination massif, profiter d’un printemps sans confinement et, surtout, riche de santé retrouvée.