Après une année catastrophique pour le tourisme, l’industrie obtiendra du soutien financier pour « rebondir » en 2021, promet la ministre du Développement économique, Mélanie Joly. Elle affirme que les discussions pour rouvrir le pays à l’étranger commenceront dès qu’une majorité de la population sera vaccinée.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Ç’a été la pire année touristique depuis la Seconde Guerre mondiale. C’est sûr que l’an prochain, on va vouloir soutenir le secteur de nouveau, pour l’aider à rebondir, mais aussi pour que les gens retrouvent leur emploi. Quand la Santé publique aura donné son feu vert, il faudra aussi inciter les gens à redécouvrir leur pays », explique l’élue fédérale en entrevue de fin d’année avec La Presse.

Mme Joly dit vouloir « créer des ponts » en matière de tourisme pour aider le maximum d’entreprises à survivre d’ici juin 2021, en espérant que d’ici là, « une grande partie de la population sera vaccinée » contre la COVID-19. « On va d’abord soutenir le tourisme local, puis éventuellement national et, enfin, international. Il faudra y aller étape par étape », affirme-t-elle, en parlant de dispositifs à mettre en place pour s’assurer que la transmission communautaire ne vienne pas de l’étranger.

On va devoir soutenir le secteur touristique tant et aussi longtemps qu’il n’y a pas de nouvelle demande. À Montréal, par exemple, la relance ne se fera pas sans le tourisme. À elle seule, l’industrie représente 60 000 emplois.

Mélanie Joly, ministre du Développement économique

Début décembre, Aéroports de Montréal (ADM) lançait un projet-pilote pour tester un processus de dépistage rapide au coût de 149 $, pour les voyageurs en provenance de Montréal-Trudeau vers des destinations exigeant une attestation médicale ou un résultat négatif. L’Ontario demande de son côté qu’un programme de tests de dépistage soit mis sur pied à l’aéroport international Toronto Pearson.

Si elle reconnaît que ces solutions sont prometteuses, la libérale demeure toutefois prudente quant à son application plus étendue. « Il faudra d’abord avoir des conversations avec Québec et chaque province. La priorité, c’est toujours de protéger le système de la santé, et de dépister rapidement », avance-t-elle.

Quel avenir pour la SSUC ?

Implanté pour soutenir les entreprises affectées par la pandémie, le programme de Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC) — qui finance 75 % de la masse salariale des entreprises admissibles — sera un autre grand chantier. Il a pour l’instant été prolongé jusqu’en juin 2021.

La semaine dernière, une étude de la Chaire de recherche en fiscalité de l’Université de Sherbrooke concluait qu’Ottawa devrait bientôt gérer le risque de son retrait, alors que bon nombre d’entreprises en dépendent toujours. « On va suivre de très près ce qui se passe au sein de notre économie cette année, et l’impact de nos mesures », affirme la ministre Joly, sans vouloir se prononcer sur les décisions qui seront prises dans les prochains mois.

Nos mesures d’aide seront d’abord en lien avec l’évolution de la crise sanitaire et les consignes de protection et de distanciation. On sera capables de sortir de la crise économique, au fur et à mesure que le virus disparaîtra.

Mélanie Joly, ministre du Développement économique

Dans les dernières semaines, Ottawa s’est engagé à allonger entre 70 et 100 milliards dans un plan de relance post-pandémie, soit de 3 à 4 % du produit intérieur brut (PIB). Bien accueillie par certains, cette annonce a toutefois été jugée prématurée par plusieurs observateurs, car les détails de ces investissements ne seront connus qu’au printemps et on ignore dans quel état sera alors l’économie. Mais la ministre Joly, elle, y voit une lueur d’espoir. « L’objectif sera de soutenir non seulement la relance verte, mais aussi les secteurs d’activité qui sont les plus impactés », dit-elle.

La femme de 41 ans poursuit aussi l’objectif de « créer un legs » en matière de développement économique, au sortir de la pandémie, via le réseau des Sociétés d’aide au développement des collectivités (SADC), qui aident des entrepreneurs à se lancer en affaires au niveau régional. Ottawa a déjà triplé leur budget, mais veut maintenant augmenter leur présence au pays. « Ce sont des ressources communautaires sur le terrain qui sont précieuses », illustre Mme Joly.

Celle-ci souhaite aussi concrétiser la création de « mesures fiscales » qui seraient imposées aux géants du web, comme Netflix, Facebook ou Google, afin de mettre fin à la concurrence déloyale. « Il faut une plus grande justice. S’il n’y a pas de contentieux au sein de l’OCDE d’ici la fin 2021, on ira de façon unilatérale, en tant que pays, pour faire en sorte de pouvoir imposer leurs revenus », martèle-t-elle.

Sur le plan personnel, la députée ne cache pas qu’elle aimerait aussi devenir maman l’an prochain. « Ce serait un beau cadeau de Noël, et une belle sortie de crise », confie-t-elle, en disant espérer que les vacances feront le plus grand bien aux politiciens à travers le pays. « On a tous besoin de prendre un peu de recul, et se décoller le nez de l’arbre pour regarder un peu plus la forêt », conclut-elle.