La pandémie est dure sur le moral et les finances de nombreux Québécois. Certains se sont vite retroussé les manches dans l’espoir de passer au travers et d’accueillir 2021 avec le moins de bleus possible. Aujourd’hui, Stéphane Michaud nous raconte son histoire.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

Son rêve de piloter les avions d’un important transporteur canadien s’était enfin réalisé il y a trois ans quand la pénurie de main-d’œuvre a frappé de plein fouet l’industrie aéronautique. Avant la grande vague d’embauches, le parcours avait été long. Comme de nombreux pilotes, Stéphane Michaud avait dû patienter en étant instructeur.

« Ça fait 10 ans que je mets tous mes efforts dans l’aviation », raconte-t-il lors d’un entretien téléphonique.

Alors qu’il avait la tête au-dessus des nuages à longueur d’année, savourait la poésie de la topographie sous ses ailes et vivait une belle camaraderie dans le cockpit, la pandémie l’a contraint à faire un atterrissage forcé à la maison. Depuis neuf mois, son uniforme noir est rangé dans un placard.

« Le 25 mars 2020, j’ai fait le vol AC 8905 entre Moncton et Montréal, dit-il en consultant son logbook. À ce moment-là, même s’il y avait des signes inquiétants, même si mon horaire changeait chaque jour, je ne savais pas que c’était mon dernier vol. On était dans le brouillard. »

Au départ, le pilote a été mis à pied. Puis la compagnie aérienne s’est prévalue de la Subvention salariale d’urgence du Canada et Stéphane Michaud est devenu pilote inactif, selon la nouvelle catégorie créée pour l’occasion par son employeur, avec un chèque d’environ 500 $ par semaine.

Au printemps, on ne savait pas quand la subvention salariale allait s’arrêter et quand on allait être mis à pied pour vrai. C’était très insécurisant. Maintenant, on est sécurisés jusqu’au mois de mars.

Stéphane Michaud

Le pilote s’est donc retrouvé à faire l’école à la maison à ses deux filles de 9 et 10 ans. À naviguer avec difficulté et sans outils comme la plupart des parents. Et à faire pour la première fois de sa vie un budget.

« J’ai monté un fichier Excel avec des modèles que j’ai trouvés sur l’internet, explique-t-il. J’ai fait le tour de toutes les choses qui te grugent 5 $ à 10 $ de frais par mois comme Spotify, Netflix, mon abonnement de conditionnement physique en ligne et des magazines en ligne. »

Ensuite, quand il est devenu clair que l’industrie du voyage n’allait pas reprendre de sitôt, Stéphane Michaud s’est mis à faire son CV, à ressortir son bac de HEC Montréal en administration des affaires et à se demander comment les compétences d’un pilote pouvaient être transférables dans d’autres domaines.

« Les gens me demandent : “Qu’est-ce que tu veux faire ?”, et c’est difficile de répondre. J’ai toujours voulu être pilote, je n’avais pas de plan B, alors je tombe dans le vide. »

Je contribue !

« Quand les filles sont retournées à l’école et que ça faisait plusieurs mois que j’étais inactif professionnellement, ça commençait à être lourd, triste et démotivant, raconte-t-il. Mon ex-conjointe m’a suggéré de m’inscrire à Je contribue !. Et on m’a vite téléphoné pour me demander ce que je voulais faire. J’ai simplement répondu : “Je veux juste aller là où vous avez besoin de moi.” »

Comme Stéphane Michaud a une expérience en entretien ménager à l’hôpital de la Cité-de-la-Santé, à Laval, qui date de l’époque lointaine où il étudiait au cégep, on lui propose d’abord un poste dans ce domaine. Mais en voyant ses diplômes, on l’envoie plutôt travailler comme agent administratif. Un poste qui le conduit à faire la tournée de vaccination contre la grippe saisonnière dans les résidences privées pour aînés avec une équipe d’infirmières.

Ce contrat m’a permis de me mettre en action, de voir du monde ! Être à la maison, isolé et sans travail, ça joue sur la déprime. J’étais avec des collègues fantastiques qui étaient de bonne humeur tout le temps, ça fait du bien.

Stéphane Michaud

« Sans oublier les résidants qui étaient extrêmement contents de nous voir arriver, car ça voulait dire pour eux qu’ils ne devaient pas sortir de la résidence pour avoir leur vaccin. C’était bien organisé et efficace. »

« Je me suis senti utile, confie-t-il, malgré le fait que ce soit routinier, entrer des informations sur les patients dans le registre de vaccination du réseau de la santé. J’avoue que ça m’a donné le goût de travailler dans le milieu de la santé. »

Même s’il s’ennuie de réussir de beaux atterrissages, Stéphane Michaud tente de se convaincre que le ciel est plus bleu ailleurs que dans les airs à 25 000 pieds d’altitude. « La vie dans les hôtels, les clients en état d’ébriété qui te réveillent au milieu de la nuit, la famille que tu vois moins… »

En attendant une autre escale dans le réseau de la santé, qui pourrait peut-être devenir la bonne destination.