La crainte d’une nouvelle souche plus contagieuse du coronavirus et des nouvelles restrictions qu’elle pourrait entraîner sur les déplacements internationaux a fait reculer les titres des transporteurs aériens en Bourse, lundi. Même ceux qui s’apprêtent à recevoir une deuxième injection d’aide fédérale américaine.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Au lendemain de la décision du Canada d’interdire les liens aériens avec le Royaume-Uni, où est apparue une nouvelle souche du coronavirus, le titre d’Air Canada a terminé la journée en baisse de 2,4 %, à 22,50 $. Il perdait près de 9 % en début de journée, avant de remonter la pente. Sa chute est d’environ 15 % depuis mercredi dernier, en raison entre autres d’une nouvelle émission d’actions.

Le titre de Transat, fortement relié à celui d’Air Canada en raison de la transaction de vente en cours, a quant à lui reculé de 4,5 %, à 5,46 $.

Malgré un réseau beaucoup plus limité depuis le printemps, Air Canada opérait encore des vols directs vers Londres depuis les trois plus grands aéroports canadiens, à Montréal, Toronto et Vancouver. Ceux-ci ont été annulés à court terme, en attendant de savoir si l’interdiction pendant 72 heures entrée en vigueur lundi matin sera maintenue.

« Nous sommes désolés des répercussions de la directive de suspension immédiate des vols émise par le gouvernement du Canada sur les plans de voyage de nos clients, en plein milieu de la période des Fêtes, a indiqué une porte-parole du transporteur par courriel. Nous continuons de suivre la situation de près et de rajuster l’horaire en conséquence. »

Nouvelles règles plus strictes

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a annoncé en cours de journée lundi qu’il demandait à l’Office des transports de resserrer les règles sur les remboursements des passagers lors de vols annulés. Ces nouvelles règles ne s’appliqueront pas aux vols déjà annulés depuis le début de la pandémie, mais protégeraient mieux les voyageurs à l’avenir, a-t-il espéré.

« Dans l’éventualité de circonstances futures qui entraîneraient des annulations de vols semblables, cette lacune doit être comblée afin que les voyageurs soient traités équitablement », a fait valoir le ministre dans un communiqué.

Le ministre a déjà fait savoir qu’il imposera des remboursements pour les vols déjà annulés avant d’aider les transporteurs aériens canadiens. Ces derniers n’ont toujours reçu aucune aide directe, contrairement à leurs concurrents de presque partout dans le monde.

C’est notamment le cas aux États-Unis, où le Congrès a approuvé lundi un deuxième programme d’aide national. Le premier, adopté au printemps, réservait 50 milliards US (64 milliards CAN) aux transporteurs aériens. Le second devrait y ajouter 15 milliards US (19,3 milliards CAN).

« Le Canada demeure l’exception, s’est désolé lundi le président du Conseil national des lignes aériennes du Canada, Mike McNaney. Nous avons un besoin urgent d’un appui sectoriel du gouvernement, de façon à suivre le rythme des autres pays, qui ont jusqu’ici fourni plus de 200 milliards de dollars en assistance à leur secteur aérien. »

L’aide américaine n’a néanmoins pas été suffisante pour complètement rassurer les investisseurs face aux conséquences possibles des restrictions de vols entre le Royaume-Uni et divers pays. Les titres des principaux transporteurs aériens américains ont tous terminé la journée en baisse, de 0,5 % à 2,5 % selon les cas.

Incertitudes sur les marchés

La dépression a par ailleurs touché l’ensemble des marchés, ou presque. La plupart des indices ont été ébranlés en début de journée et, malgré un raffermissement par la suite, ont manqué de temps pour revenir au vert. Les indices ont d’abord piqué du nez dans la matinée, réagissant aux informations sur une nouvelle souche du coronavirus ayant conduit le Royaume-Uni à imposer de nouvelles mesures de confinement et isolant le pays du reste du monde. « La semaine commence sur […] les craintes que la nouvelle variante du virus qui a été signalée entraînera de nouveaux resserrements et aura un impact potentiel sur la croissance mondiale », a déclaré Angelo Kourkafas, analyste de l’équipe de stratégie d’investissement chez Edward Jones. « C’est l’histoire principale. » Le marché a également montré de la confiance envers le vote ce lundi aux États-Unis d’une enveloppe budgétaire de 900 milliards US après un accord conclu dimanche soir au Congrès américain entre les républicains et les démocrates sur des mesures de soutien à l’économie. Ce nouveau paquet d’aides prévoit notamment des chèques de 600 $US par adulte et par enfant pour les familles américaines fragilisées par la pandémie. « Plus nous nous approchons de Noël, plus les investisseurs devraient rester sur la touche », anticipe Peter Cardillo, de Spartan Capital Securities, alors que la séance de jeudi sera raccourcie et que la Bourse new-yorkaise restera fermée vendredi. Par ailleurs, Tesla a officiellement rejoint avant l’ouverture de la Bourse le prestigieux S&P 500, où le constructeur de véhicules haut de gamme possède déjà la sixième capitalisation, derrière Apple, Microsoft, Amazon, Alphabet (maison mère de Google) et Facebook. Le titre de Tesla a reculé de 6,49 %. — Avec l’Agence France-Presse et La Presse Canadienne