Même si l’économie ne reviendra pas au niveau prépandémie avant 2022, la plus grande banque au pays estime que le Canada aura la possibilité en 2021 de transformer une crise historique en une relance historique.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

« Il faudrait vraiment être malchanceux pour ne pas atteindre un taux de croissance possiblement record l’année prochaine », commente Robert Hogue, économiste principal chez RBC.

« Ça ne veut pas dire que tout ira super bien en 2021, mais simplement que le point de départ est très faible pour les comparaisons. »

En publiant ce mercredi une étude étoffée sur sa vision de l’économie canadienne après la pandémie, Robert Hogue explique que RBC souhaite offrir des pistes de réflexion entourant les grandes tendances qui émergent et ce qui sera porteur d’occasions autant pour les citoyens que pour les entreprises.

La réouverture de l’économie après la distribution de vaccins ne suffira pas à ramener le produit intérieur brut au niveau d’avant la pandémie au cours de la prochaine année, prévient RBC, même si la demande accumulée se concrétise.

« C’est une crise qui frappe les gens et les entreprises de façon inégale. La reprise sera également inégale », dit Robert Hogue.

« En mettant en place des politiques économiques, il faut s’assurer que la reprise soit la plus inclusive possible, il faut donc cibler les plus affectés : les gens à plus bas salaires, les femmes, certains détaillants, et certains secteurs comme le service de transport, les arts et spectacles, la restauration et l’hébergement. »

L’objectif est de perdre le moins d’entreprises possible et d’éviter que des travailleurs quittent la population active, dit-il.

C’est à la fois complexe et critique dans certains cas. On réitère notre appui à la formation aux travailleurs les plus frappés tout en assurant que les entreprises prennent le virage numérique.

Robert Hogue, économiste principal chez RBC

Les secteurs le plus durement touchés ne pourront se relever durablement que lorsque le risque lié au virus aura complètement disparu, selon RBC. Les séquelles de la fermeture permanente de certaines entreprises pourraient repousser le rétablissement complet de l’économie jusqu’en 2022 ou plus tard, précise-t-on.

De grands risques

L’étude souligne que plusieurs grands risques continuent de menacer la croissance en 2021.

« La distribution, l’efficacité et l’acceptation par le public des vaccins annoncés soulèvent des interrogations. Les dommages structurels qu’entraîneront le chômage de longue durée et le report des investissements pourraient également entraver la reprise. Des mesures de stimulation budgétaire et monétaire à grande échelle demeureront nécessaires tant que le public n’aura pas repris confiance envers la sécurité et l’économie. »

RBC estime que la forte hausse de l’épargne des ménages est l’une des perturbations économiques de 2020 dont on parle le moins.

« Elle s’explique notamment par la chute des frais de subsistance et de déplacement, le report des remboursements des prêts ainsi que par le maintien des revenus dans de nombreux ménages. Les mesures de relance du gouvernement fédéral ont aussi constitué un facteur important. »

Un élément à retenir de l’étude est que les Canadiens disposent aujourd’hui de liquidités « importantes ».

Selon les calculs de RBC, les soldes d’épargne des ménages ont augmenté de 160 milliards de dollars au total au cours des trois derniers trimestres, comparativement aux niveaux d’avant la pandémie. « Cette réserve accrue de liquidités permet aux consommateurs d’effectuer des achats importants, d’investir et de rembourser leurs dettes. »

Les entreprises, pour leur part, doivent trouver les moyens de tirer parti de ce pouvoir d’achat, est-il indiqué. « L’offre d’articles de luxe et de produits non essentiels, comme les voyages ou les spectacles, déterminera aussi le rythme auquel les consommateurs épuiseront leurs économies. »

RBC indique par ailleurs que la prolongation probable du télétravail se traduira par une baisse de la demande d’essence et une augmentation des dépenses d’épicerie, et ce, même après que les employés auront réintégré leur lieu de travail habituel.

> Consultez l’étude de la RBC