(Washington) L’adoption rapide d’un nouveau plan de relance aux États-Unis, avec des aides cruciales pour les plus vulnérables, semblait plus incertaine mercredi, démocrates et républicains ne parvenant pas à mettre de côté leurs profonds désaccords.

Julie CHABANAS
Agence France-Presse

Les deux camps continuent de s’accuser mutuellement de bloquer l’adoption avant Noël de ces aides, de plus en plus vitales pour des millions d’Américains.

Trois textes différents sont sur la table, mais aucun ne remporte l’adhésion des deux partis.

Dernière proposition en date, celle de la Maison-Blanche, dont le montant — 916 milliards de dollars — est un peu plus élevé que les 908 milliards de dollars proposés par un petit groupe de parlementaires démocrates et républicains et qui servait de base aux négociations.

Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, avait lui de nouveau plaidé en faveur d’un plan plus ciblé, d’environ 500 milliards de dollars.

Au cœur des débats désormais, le montant des chèques directs à envoyer aux ménages à bas revenus.

L’offre de la Maison-Blanche prévoit 600 dollars par adulte et par enfant, a assuré le chef des républicains à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, dans un entretien à l’agence Bloomberg publié mercredi.

« Ce que les républicains proposent est manifestement insatisfaisant », a commenté sur MSNBC l’influent sénateur démocrate Bernie Sanders.

Il s’est étonné de voir que « quand des enfants ont faim en Amérique, nous n’avons soudainement pas assez d’argent ».

« Postures politiques »

Les Américains avaient déjà reçu au printemps des chèques, mais leur montant était plus élevé, 1200 dollars maximum par adulte et 500 par enfant, pour les aider à traverser cette crise.

« Ces paiements en espèces ont été l’une des principales raisons pour lesquelles le taux de pauvreté a chuté au cours des premiers mois de la pandémie », ont écrit une soixantaine de démocrates de la Chambre des représentants dans un courrier aux responsables du Congrès, insistant sur l’impérieuse nécessité d’en envoyer de nouveau.

La proposition de la Maison-Blanche avait été immédiatement rejetée mardi soir par les responsables démocrates du Congrès.

Le sénateur démocrate Dick Durbin a même dénoncé mercredi matin des « postures politiques » qui « ne mettront pas de nourriture sur la table, ne donneront pas la tranquillité d’esprit à un père, ni à une mère l’aide dont elle a besoin pour s’occuper de son enfant ».

« Il y a beaucoup de gens sans défense qui comptent sur nous pour agir », a-t-il ajouté.

Mais côté républicain, Mitch McConnell a accusé les démocrates de bloquer l’adoption du plan. « Nous sommes au cœur de l’une des pires crises de mémoire d’Homme, et les yeux des gens sont rivés sur le Congrès. Ils ont besoin que la Chambre et le Sénat […] adoptent une loi ».

Situation enlisée

La proposition de l’administration Trump incluait aussi les deux sujets consensuels : des prêts aux petites entreprises et des mesures pour prolonger et étendre les droits au chômage, notamment aux travailleurs indépendants qui n’y ont habituellement pas droit.

La Maison-Blanche, espérant pouvoir débloquer une situation enlisée depuis des mois et mettre d’accord les parlementaires démocrates et républicains, a également intégré les deux principaux points de désaccord.

Il s’agit de la protection juridique des entreprises, mais aussi universités et écoles, contre d’éventuelles poursuites, notamment en cas de contamination à la COVID-19 d’un employé ou d’un élève. Ce point est défendu par les républicains, alors que les démocrates, eux, réclament une aide aux États et aux collectivités locales.

Mitch McConnell, consulté par la Maison-Blanche avant l’officialisation de la nouvelle offre, ne l’a pas encore complètement embrassée.

Le calendrier sur un vote est encore flou et il est difficile de savoir sur quelle proposition les élus vont se prononcer.

Les aides accordées aux chômeurs dans le cadre du gigantesque plan de relance de 2200 milliards de dollars adopté au printemps expirent au lendemain de Noël et les expulsions locatives seront de nouveau autorisées, alors que des millions d’Américains sont désormais incapables de payer leur loyer faute de revenus suffisants.

Après cinq mois sans résultat, les négociations avaient récemment repris. Le président élu Joe Biden avait lui-même insisté sur l’urgence, évoquant un simple « acompte », avant un vaste plan de relance qui pourrait être présenté rapidement après son investiture le 20 janvier.