En grande difficulté financière, les hôtels de la métropole, dont 80 % appartiennent à des Québécois, risquent d’être rachetés par des capitaux étrangers ou encore de changer de vocation, craint Ève Paré, présidente-directrice générale de l’Association des hôtels du Grand Montréal (AHGM).

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

« On sait que les entreprises ont perdu de 30 à 40 % de leur valeur depuis le début de la pandémie », a déclaré Mme Paré à l’occasion du Forum stratégique sur le tourisme qui se tenait vendredi à Montréal. « On a sondé nos membres en octobre : un sur deux nous dit envisager de ne pas être capable de se rendre à six mois. Sur 12 mois, ce sont les deux tiers de nos membres qui ne pensent pas survivre. »

« On ne verra pas des faillites et des fermetures en série, mais on va voir des reprises de possession, possiblement par des capitaux étrangers, prévient-elle. Ce sont nos entreprises québécoises que l’on risque de perdre. C’est ça, le grand risque. »

La conversion d’hôtels en résidences pour personnes âgées ou pour les étudiants représente également un autre danger, a soulevé Mme Paré. « On a vu les dernières années quelques conversions. C’est aussi un risque, croit-elle. C’est la capacité d’accueil de Montréal qui est compromise. Si on perd des milliers de chambres d’hôtel au profit des résidences étudiantes, des résidences pour personnes âgées, non seulement on va avoir de la difficulté à recruter de nouveaux congrès, mais on va aussi avoir de la difficulté à tenir ceux qu’on a actuellement dans les livres. »

Interrogé en marge du Forum, Yves Lalumière, président-directeur général de Tourisme Montréal, qui a également participé à l’évènement, partage également cette crainte de « déstructuration du produit ». S’il salue l’aide annoncée par Québec, M. Lalumière soutient qu’« il reste encore à faire ».

La ministre du Tourisme a annoncé la semaine dernière une aide de 65,5 millions destinée au secteur touristique, dont la plus grande partie, 38 millions, sera consacrée au secteur de l’hébergement. On a aussi accordé une enveloppe de 17 millions pour soutenir Montréal, Québec et la région de l’Outaouais, considérés comme les portes d’entrée touristiques.

Le retour des Américains

Malgré tout, M. Lalumière dit avoir bon espoir que les touristes afflueront peu à peu dans la métropole l’été prochain. Selon lui, tout porte à croire que les Américains se feront vacciner au printemps et qu’ils pourront recommencer à voyager.

D’ici là, son organisation a bien l’intention de travailler à la relance de la destination.

Pour y arriver, il a cerné plusieurs pistes de solution : revoir l’image de marque de Montréal en vantant la présence du fleuve et de plusieurs parcs, miser sur les touristes régionaux et nationaux, rappeler le côté créatif de la métropole ainsi que sa réputation enviable avant la crise. « On vise un 35 % à 40 % de taux d’occupation [dans les hôtels] », dit-il.

En juillet, le taux d’occupation dans les hôtels au centre-ville était d’à peine 9,8 %, alors qu’il atteignait 83,5 % à la même période l’an dernier, selon les données fournies par l’AHGM.