(Québec) Si chaque ménage remplaçait 12 $ de ses achats alimentaires produits à l’étranger par des aliments d’ici, l’industrie bioalimentaire québécoise pourrait croître d’un milliard par année. C’est pour cette raison que le gouvernement Legault a lancé, jeudi, un défi inusité aux Québécois : le « défi 12 $ ».

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

« Les consommateurs ont déjà compris les bienfaits de l’achat local et les retombées positives pour toutes les régions du Québec, mais c’est important d’amener cela quelques crans plus haut », a déclaré, jeudi, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, André Lamontagne.

Depuis le début de la pandémie, le premier ministre François Legault répète qu’il misera sur l’accroissement de l’autonomie alimentaire comme moteur de relance économique.

« Chaque achat doit être considéré. À prix égal, à qualité égale : il faut privilégier le produit québécois […] C’est un petit geste qui peut demander peu d’efforts, mais qui peut rapporter gros à notre économie et aussi par ricochet, à nos communautés locales parce que l’on sait à quel point tout le secteur agricole c’est l’épine dorsale de tout le secteur économique du Québec », a-t-il ajouté.

Le ministre a proposé ce pari lors d’un point de presse sur la colline parlementaire visant à préciser comment seraient dépensés les 157 millions pour favoriser l’autonomie alimentaire annoncée la semaine dernière lors de la mise à jour économique.

Selon les calculs du gouvernement Legault, cet investissement permettra de créer 3800 emplois et faire passer la souveraineté alimentaire du Québec de 51 % à 56 %.

Une enveloppe de 92,5 millions sur deux ans servira à appuyer les entreprises qui souhaitent investir en robotisation, en automatisation et en amélioration des standards de qualité.

La marque de commerce « Aliments du Québec » recevra une subvention de 15 millions afin de bonifier ses campagnes publicitaires et l’affichage en magasin.

L’affaire Heinz rebondit à Québec

Le ministre affirme qu’avec ses deux filles adultes, semaine après semaine, il se donne le défi de privilégier les aliments produits ici.

Il s’est ensuite fait prendre à son propre jeu lorsqu’un journaliste lui a demandé s’il choisirait du ketchup québécois ou du ketchup Heinz.

La question faisait référence au fait que l’entreprise a reçu un prêt « pardonnable » de 2 millions du gouvernement du Québec pour recommencer à produire du ketchup à Montréal… mais avec des tomates de la Californie.

« Le premier choix, c’est le choix des produits québécois. Je suis sensibilisé depuis un certain nombre de mois. Je le fais le test et des fois, le réflexe c’est de prendre le produit avec lequel je suis le plus familier. En même temps, je cherche l’équivalent [québécois] alors je vais prendre l’équivalent ».

Assis à ses côtés, le président de l’Union de producteurs agricoles, Marcel Groleau, a été un peu plus tranché dans sa réponse : « Ketchup québécois, mais moi, je vois ça d’un bon œil que Heinz s’installe chez nous », a-t-il répondu.

« Je considère ce produit-là mieux que je le considérais auparavant puisqu’il va créer des emplois chez nous, il va payer des taxes et des impôts et nous [les producteurs] ça nous donne un potentiel aussi, pour notre marché », a-t-il ajouté.

Tomates d’ici ?

Selon le ministre Lamontagne, Heinz est liée par des contrats d’approvisionnement jusqu’en 2023. Après cette date, il souhaite qu’une partie des fruits utilisés proviennent du Québec.

« Déjà, on a du monde qui est à pied d’œuvre pour identifier avec les producteurs les meilleures terres au Québec, parce qu’on s’entend approvisionner une usine en tomates, c’est tout un contrat ! »

Pour l’instant, Québec n’a pas eu de discussion officielle avec l’entreprise à cet effet. « On est très proactifs pour s’assurer qu’on ne manquera pas notre coup quand on va avoir des discussions avec eux », a cependant indiqué le ministre.