(Ottawa) Le tout premier directeur parlementaire du budget de l’histoire canadienne croit qu’il existe des moyens pour le gouvernement fédéral d’imposer une certaine discipline dans ses dépenses, afin d’empêcher les déficits de partir en vrille.

Jordan Press
La Presse Canadienne

Dans un article publié mercredi dans le magazine Policy, Kevin Page fait valoir que le gouvernement fédéral devrait en toute logique réduire ses dépenses liées à l’aide d’urgence à mesure que les conditions de la COVID-19 s’amélioreront.

Les budgets fédéraux précédents utilisaient des chiffres bruts sur les déficits et les excédents pour mesurer la façon dont les gouvernements gèrent les finances publiques. Les libéraux ont plutôt commencé à utiliser comme mesure le ratio de la dette publique au produit intérieur brut — le « ratio dette/PIB ». Mais comme les dépenses et les emprunts ont grimpé en flèche pendant la pandémie, aucun de ces indicateurs n’est aussi utile qu’auparavant pour établir des « cibles budgétaires ».

Afin de guider les administrations, Kevin Page propose une série de mesures que les libéraux pourraient utiliser pour cibler les dépenses prévues tout en maintenant les finances publiques en santé. Il suggère notamment l’établissement d’une fourchette pour la dette fédérale en pourcentage de l’économie globale sur une période de 10 ans, et des limites annuelles d’augmentation des dépenses.

L’ancien directeur parlementaire du budget (DPB) suggère également que le gouvernement prépare une réponse politique au cas où les conditions économiques s’aggraveraient ou s’amélioreraient au-delà des attentes.

M. Page croit que les libéraux ne devraient pas renoncer à limiter les dépenses en raison de la COVID-19, même si le gouvernement de Justin Trudeau soutient qu’il se doit d’aider les Canadiens, à tout prix.

« Le gouvernement prétend que ce n’est pas le moment d’établir des cibles budgétaires à moyen terme : nous disons qu’il est temps d’ouvrir le débat », a soutenu dans un courriel M. Page, qui a été directeur parlementaire du budget de 2008 à 2013.

Établir un cadre budgétaire

L’établissement d’un cadre budgétaire permettrait de répondre aux préoccupations des Canadiens concernant la marge de manœuvre dont dispose le gouvernement pour faire face à la prochaine crise, mais aussi de s’attaquer à de grands enjeux de politiques publiques, comme le climat et l’inégalité des revenus, estime M. Page, qui est aujourd’hui président fondateur de l’Institut des finances publiques et de la démocratie, à l’Université d’Ottawa.

Le déficit fédéral devrait atteindre 343,2 milliards cette année, selon les plus récentes estimations. Le gouvernement a promis une mise à jour économique cet automne, mais aucune date n’a encore été fixée.

Cette mise à jour devrait inclure des règles que le gouvernement entend respecter dans la mise en œuvre de certaines de ses promesses du discours du Trône, comme le programme national de garderies, mais il ne contiendra pas de cibles budgétaires spécifiques, comme une baisse du ratio dette/PIB.

M. Page suggère aux libéraux de maintenir la dette nationale dans une fourchette de 46 à 50 % de l’ensemble de l’économie sur une période de 10 ans. Il suggère également que les dépenses pourraient augmenter d’au plus 4 % par année, la priorité étant accordée aux mesures qui favoriseraient la reprise économique.

Le scénario de référence que lui et son collègue Mostafa Askari ont produit, en se basant sur les calculs de l’actuel directeur parlementaire du budget, suggère que le déficit de base pourrait être de 42,9 milliards en 2027 et de 36,9 milliards en 2030.

La dette nationale dépasserait 1500 milliards d’ici la fin de la décennie et le ratio dette/PIB tomberait à 46,2 %, comparativement à 47,8 % cette année. L’année dernière, avant la pandémie, ce ratio était de 31 %.

Ce scénario est décrit par MM. Page et Askari comme un « cadre financier relativement discipliné », mais qui ne tiendrait pas compte des promesses libérales du discours du Trône.