Après des années de discussions acrimonieuses et de négociations difficiles, la sortie du Royaume-Uni de son partenariat avec l’Union européenne qui dure depuis 50 ans devient maintenant une réalité concrète pour les Britanniques.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Avec ou sans accord entre les parties, la séparation sera définitive le 31 décembre, mais déjà, son impact se fait sentir dans la vie quotidienne des sujets de Sa Majesté. Sentir au sens propre, faut-il préciser. La population du comté de Kent, au sud-est de Londres, a commencé à se plaindre du comportement des camionneurs qui se soulagent dans les fossés quand ils sont bloqués sur l’autoroute qui mène à l’Eurotunnel.

Les bouteilles d’urine et les sacs d’excréments s’accumulent en bordure de la route qu’empruntent les milliers de poids lourds chargés de produits qui transitent vers l’Europe continentale ou en proviennent, rapporte le quotidien The Guardian.

Les élus sonnent l’alarme sur une situation qui ne peut qu’empirer à mesure que se rapproche la date fatidique. « Je m’inquiète de voir le Kent devenir les toilettes de l’Angleterre », a dit Mike Sole, élu libéral-démocrate de la ville de Canterbury, au journal britannique.

Le contrôle des conducteurs et des cargaisons qui traversent la Manche cause déjà des embouteillages. Les entreprises de transport et les infrastructures frontalières ne sont pas prêtes pour ce qui s’en vient. Des stationnements géants sont en construction aux abords du tunnel pour accueillir les poids lourds qui devront attendre de passer le contrôle de la nouvelle frontière entre l’Europe et le Royaume-Uni. On prévoit des queues de 7000 poids lourds et des heures d’attente aux ports d’embarquement.

PHOTO DANIEL LEAL-OLIVAS, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le contrôle des conducteurs et des cargaisons qui traversent la Manche cause déjà des embouteillages.

Les autorités promettent d’installer des toilettes portatives et des services pour les conducteurs de camion qui seront obligés de patienter des heures.

Le pire est à venir

Ce genre de désagrément est mineur, mais c’est un impact du Brexit auquel les Britanniques qui ont voté pour retrouver leur liberté n’avaient sûrement pas pensé. Il y en aura d’autres, pas mal plus importants.

L’avenir de la City, par exemple. Le cœur financier de Londres et de l’Europe bat de moins en moins fort. Déjà, les gros canons du secteur financier ont commencé à réduire leurs activités sur le sol britannique. La semaine dernière encore, selon Bloomberg, Goldman Sachs a transféré 60 milliards US de Londres à Francfort, la ville allemande qui deviendra le hub financier de l’Europe post-Brexit.

Quelques semaines plus tôt, c’était JP Morgan Chase qui transférait des actifs totalisant 200 milliards d’euros et 200 employés de ses bureaux de Londres à ceux de Francfort.

Des dizaines d’autres firmes moins connues ont fait la même chose, et la City saigne abondamment. À moins que le Royaume-Uni n’accepte les règles qui régissent le secteur financier en Europe et ne s’engage à continuer de les respecter, l’hémorragie risque d’être mortelle pour la place financière de Londres.

La mésentente sur le fonctionnement du secteur financier n’est qu’un des obstacles qui restent à surmonter pour éviter une rupture brutale le 31 décembre. Il y en a d’autres, tout aussi importants.

Les deux parties doivent encore s’entendre sur l’accès aux eaux territoriales pour la pêche, sur les règles en matière de concurrence et sur un mécanisme de règlement des différends.

Les conséquences d’un Brexit dur pourraient affaiblir davantage l’économie britannique, déjà très touchée par la pandémie et qui risque d’en souffrir plus que ses principaux partenaires européens, selon les prévisions du Fonds monétaire international.

Le premier ministre Boris Johnson, qui veut conclure des accords de libre-échange avec le monde entier, y compris le Canada, vient de perdre son principal conseiller. Considéré comme le « cerveau » du Brexit, Dominic Cummings a quitté son poste vendredi dernier, plus tôt que prévu.

La sortie du Royaume-Uni devait avoir lieu le 29 mars 2019. Elle a été reportée une première fois au 12 avril et une deuxième fois au 31 janvier 2020. La période de transition qui devait permettre aux deux parties de s’entendre pour l’avenir tire maintenant à sa fin. Pour Boris Johnson, l’heure de vérité est arrivée. Le Brexit est là.