L’ensemble du secteur de l’aluminium ne se remet pas à la même vitesse de la pandémie, mais la demande pour le métal primaire est repartie en grande, selon Rio Tinto.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

« La demande est repartie à la hausse depuis juin, tellement qu’on est obligés de refuser des commandes », a indiqué mercredi le directeur général, Opérations mondiales, de la multinationale, Frédéric Campagna, qui participait à une table ronde sur l’état du secteur de l’aluminium au Québec.

Parce qu’elle est présente un peu partout dans le monde, Rio Tinto avait anticipé l’impact de la pandémie sur ses activités au Québec, mais en partie seulement. « Nous n’avions pas prévu un impact aussi important sur le marché américain, où la demande est tombée », a expliqué Frédéric Campagna lors de l’évènement organisé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

La production primaire d’aluminium a été reconnue comme une activité essentielle par le gouvernement québécois, et les usines n’ont donc pas cessé de tourner.

Elles ont toutefois dû réorganiser leur production vers des produits à plus faible valeur ajoutée pour s’ajuster aux changements de la demande, ce qui a indisposé des producteurs américains et conduit à des menaces de tarifs de la part de l’administration américaine.

Selon Frédéric Campagna, la demande d’aluminium a redémarré en juin, particulièrement dans les secteurs de l’automobile et de la construction. « On a parlé de reprise en U ou en W, mais dans notre cas, ç’a été une reprise en V », a-t-il illustré.

Pas tous la même chance

Pour d’autres entreprises du secteur, comme GNA Alutech, qui fabrique des fours et dont les clients sont un peu partout dans le monde, le ralentissement causé par la pandémie se poursuit. « Les entreprises sont en attente », constate Chantal Coupal, directrice des opérations de la PME de Montréal.

Chez SSB de Blainville, manufacturier de tours et de mâts d’aluminium, les mois d’avril et de mai ont été difficiles. « Nous n’avons pas été considérés comme une activité essentielle et nous avons dû faire des mises à pied », a expliqué son président-directeur général, Patrick Gharzani. La croissance est revenue en juin, « mais on se demande si c’est un rattrapage qui pourrait s’essouffler », a-t-il observé.

Chez SSB, la relance des activités s’accompagne du retour du problème de la pénurie de main-d’œuvre. « C’est vraiment un boulet », estime Patrick Gharzani.

Le recrutement n’est pas le même casse-tête chez Rio Tinto ou chez Elysis, la nouvelle coentreprise formée de Rio Tinto et d’Alcoa qui développe une nouvelle technologie de production d’aluminium plus propre.

Selon Frédéric Campagna, Rio Tinto n’a pas de problème à combler ses besoins de main-d’œuvre et peut notamment recruter au sein du secteur de l’aéronautique, qui souffre encore beaucoup de la pandémie.

Chez Elysis, on a même l’embarras du choix, selon son président-directeur général, Vincent Christ. « Nous avons débuté le processus d’embauche au début de la première phase de la pandémie avec 22 postes et nous avons eu 30 candidats par poste », a-t-il révélé.

Selon lui, cet attrait s’explique par le côté avant-gardiste du projet d’Elysis, qui a le potentiel de révolutionner l’industrie.