(Washington) La Banque centrale américaine (Fed) s’est posée jeudi en bouée de sauvetage de l’économie, mais a également renvoyé la balle dans le camp des responsables politiques, alertant sur l’importance cruciale d’aider financièrement les ménages, entreprises, collectivités locales.  

Julie CHABANAS Agence France-Presse

La puissante Réserve fédérale a assuré qu’elle était prête à ouvrir de nouveau, et autant que nécessaire, sa boîte à outils, pour permettre à la première économie du monde de résister à la crise sanitaire ayant provoqué un net ralentissement de l’activité.

L’objectif est que l’emploi revienne à un niveau élevé, ce qui prendra plusieurs années. Le taux de chômage d’octobre, attendu vendredi, ne devrait que peu baisser par rapport aux 7,9 % de septembre.

« La crise sanitaire en cours va continuer de peser sur l’activité économique, l’emploi et l’inflation à court terme et va poser des risques considérables aux perspectives de croissance sur le moyen terme », a averti jeudi l’institution dans un communiqué de presse publié à l’issue de deux journées de réunion du comité monétaire.

Elle n’a, comme cela était attendu, annoncé aucune nouvelle action spécifique, mais a indiqué son intention d’accroître ses achats de bons du Trésor et de produits financiers adossés à des prêts immobiliers (MBS).

Cela doit permettre de « maintenir le bon fonctionnement du marché et aider à favoriser des conditions financières accommodantes, soutenant ainsi le flux de crédit aux ménages et aux entreprises ».

La Fed a déjà déployé un vaste arsenal de mesures notamment pour soutenir la consommation et s’assurer que les banques commerciales ne laissent pas tomber les petites entreprises, qui jouent un rôle important dans le tissu économique et social local.

Néanmoins, « je pense qu’il reste des choses que nous pouvons faire », a assuré Jerome Powell lors d’une conférence de presse.

« Différence cruciale »

Mais il a surtout souligné la nécessité d’« une approche large du gouvernement » fédéral, incluant une politique budgétaire et une politique de santé.

Le plan de relance historique de 2200 milliards voté fin mars, rallongé de 500 milliards en avril, avait soutenu la consommation et empêché des millions de foyers de tomber dans la pauvreté et des petites entreprises de faire faillite.

Ces mesures « ont fait une différence cruciale pour les familles et les entreprises de tout le pays », a relevé Jerome Powell.

Mais face à une reprise poussive, la Maison-Blanche et le Congrès ont tenté récemment, pendant plus de trois mois, de se mettre d’accord sur un nouveau plan de relance économique. En vain.

Or les mesures adoptées au printemps expirent progressivement, ce qui va laisser des millions de chômeurs sans ressource, et des milliers de PME face à des difficultés de trésorerie, au moment où les cas de contamination à la COVID-19 à la hausse font craindre de nouveaux dégâts.

La perspective d’un Congrès qui resterait divisé à l’issue des élections, avec les démocrates majoritaires à la Chambre des représentants et les républicains contrôlant le Sénat, renforce la crainte sur l’adoption de nouvelles aides.

Mais le président républicain du Sénat Mitch McConnell a assuré que ce sujet devait être une « priorité ».

« Laisser les institutions faire leur travail »

Pour que le crédit reste peu cher, et ainsi continue de soutenir la consommation, la Fed a laissé jeudi  ses taux directeurs inchangés, dans une fourchette de 0 à 0,25 %. Et elle a promis de ne pas les rehausser jusqu’à ce que le marché du travail se redresse.

Car de façon générale, l’économie américaine n’est pas en grande forme : après avoir fortement rebondi à la fin du printemps et au début de l’été grâce à la réouverture de certains États, l’activité est de nouveau en perte de vitesse.

« L’activité économique et l’emploi se sont redressés mais restent bien inférieurs à leurs niveaux du début de l’année », a commenté la Fed.

La Réserve fédérale, très attachée à son indépendance vis à vis du pouvoir politique, s’est toutefois bien gardée de commenter l’élection présidentielle dont on ignorait toujours, jeudi soir, si elle avait été remportée par Donald Trump ou Joe Biden.

« Je suis très réticent à commenter les élections […] sauf à dire que c’est le bon moment pour prendre du recul et laisser les institutions de notre démocratie faire leur travail », a simplement commenté Jerome Powell, nommé par M. Trump.  

Au cours de son mandat, Donald Trump avait mis à mal la tradition d’indépendance de la puissante Banque centrale, s’immisçant dans sa politique monétaire pour réclamer des baisses de taux.