(Ottawa) La mise à jour promise par le gouvernement libéral sur la santé de ses finances ne prévoit pas de mesure spécifique pour empêcher une croissance incontrôlable des dépenses, a indiqué lundi le premier ministre Justin Trudeau.

Jordan Press
La Presse Canadienne

Les fonctionnaires travaillent sur la mise à jour budgétaire « robuste » promise lors du discours du Trône, et des lettres de présentation budgétaire ont été transmises aux ministères.

M. Trudeau n’a pas précisé lundi à quel moment la mise à jour budgétaire ou le mini-budget serait livré, mais il a affirmé qu’il fournirait des lignes directrices pour les dépenses actuellement réalisées pour soutenir l’économie.

Lors d’un discours pour la Chambre de commerce du Canada, le premier ministre a affirmé qu’il serait prématuré de déterminer une limite aux dépenses alors que le pays est toujours aux prises avec la pandémie.

Il a défendu l’ampleur sans précédent de l’aide fédérale, arguant qu’en faire moins aurait débouché sur des coûts beaucoup plus élevés pour le pays en ce qui a trait aux pertes d’entreprises et d’emplois.

Les libéraux prévoyaient en juillet que le gouvernement accuserait un déficit historique de 343,2 milliards pour l’exercice en cours, mais la prolongation de certains de ces programmes de dépenses et les promesses du discours du Trône modifieront ce montant.

Le bureau du directeur parlementaire du budget a estimé dans un récent rapport que la dette exprimée en tant que pourcentage de l’économie, soit la mesure privilégiée par les libéraux pour les guider dans leurs dépenses, pourrait se situer à environ 48 % de l’économie nationale cette année et la suivante.

La dette devrait atteindre cette année plus de 1200 milliards.

« Le coût de la faillite d’un grand nombre d’entreprises à cause de cette pandémie, le coût de l’endettement des ménages sur leurs cartes de crédit, des hypothèques supplémentaires, parce qu’ils n’arrivent pas serait bien [pire] », a illustré M. Trudeau lors de son allocution virtuelle.

La COVID va coûter cher. La question est de savoir qui est le mieux placé pour soutenir ces coûts supplémentaires, et nous ne croyons pas que ce sont les entreprises, nous ne croyons pas que ce sont les Canadiens ordinaires.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Il a promis de continuer à faire tout ce qui est nécessaire pour aider les travailleurs et les entreprises à traverser la pandémie, tout en précisant qu’il ne s’engagerait pas à établir un ancrage fiscal pour guider ses décisions. M. Trudeau a ajouté que la mise à jour à venir parlerait des ressources budgétaires disponibles, mais a cité l’incertitude persistante quant à l’évolution de la pandémie.

« Il serait prématuré [d’imposer des limites]. Mais nous parlerons certainement du cadre et de la responsabilité nécessaire », a-t-il affirmé.

Le coût de la dette finira par grimper

Pour l’instant, les taux d’intérêt sont bas, ce qui maintient les coûts à un faible niveau pour les gouvernements qui s’endettent.

Les taux augmenteront éventuellement et feront grimper les coûts fédéraux, ce qui resserrerait l’espace budgétaire dont disposent les gouvernements pour exécuter les programmes, a regretté le chef conservateur Erin O’Toole. S’exprimant après M. Trudeau, M. O’Toole a fait valoir qu’il était nécessaire de se concentrer sur les dépenses qui font augmenter la croissance économique.

« Si nous faisons cela, si nous constatons une croissance du produit intérieur brut [PIB] et que nous réduisons les dépenses, je pense que nous pouvons éviter une crise imminente », a-t-il affirmé.

Le gouvernement Trudeau n’a pas de plan en matière de dépenses, et ses politiques ont en fait entraîné des pertes d’emplois. Nous sommes donc au bord du précipice.

Erin O’Toole, chef des conservateurs

M. Trudeau a profité de son discours matinal pour annoncer que les entreprises qui utilisent un compte bancaire personnel pourraient finalement présenter une demande d’aide au populaire programme de prêt fédéral.

Il a ajouté qu’un projet de loi serait bientôt déposé à la Chambre des communes pour créer un allégement plus direct des loyers pour les entreprises, ainsi qu’une extension du programme de subventions salariales.

Ces changements visent ce que les groupes d’affaires et les partis d’opposition ont identifié comme des lacunes importantes dans la pléthore de programmes d’aide pour la pandémie.

Les mises à jour du programme de prêts, par exemple, ont été mentionnées pour la première fois au printemps, et le gouvernement s’est engagé à apporter les changements nécessaires en mai. Le programme de subventions au loyer passait à l’origine par les propriétaires, qui ne voulaient pas en profiter.

M. O’Toole a indiqué qu’en entrant dans la deuxième vague de la pandémie, les parlementaires devraient se demander si les programmes d’aide doivent être modifiés pour éviter une répétition d’erreurs qui « ont condamné un million de Canadiens à une reprise beaucoup plus difficile que nécessaire ».