(Ottawa) Le premier ministre Justin Trudeau affirme qu’il veut « éviter à tout prix » un reconfinement quasi complet de l’économie canadienne durant la deuxième vague de COVID-19 qui frappe certaines régions du pays, comme ç’a été le cas au printemps.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

S’exprimant mercredi soir devant une centaine d’entrepreneurs québécois dans le cadre d’une rencontre virtuelle organisée par Manufacturiers et Exportateurs du Québec, M. Trudeau a soutenu que son gouvernement avait déjà tiré des leçons de la première vague. Et ces leçons peuvent être appliquées maintenant, alors que le Québec et l’Ontario ont dû annoncer de nouvelles restrictions pour freiner la propagation du virus.

« Au printemps, il fallait tout arrêter […] pour que les gens puissent rester à la maison pour faire le confinement et contrôler cette première vague », a souligné le premier ministre, qui a pris le pouls du monde manufacturier alors que son gouvernement cherche à soutenir la relance de l’économie qui prend forme.

Nous sommes dans la deuxième vague. On a besoin d’outils différents et on a plus d’outils. On sait qu’un reconfinement pancanadien, on veut l’éviter à tout prix.

Justin Trudeau

Il a ajouté : « On en sait plus maintenant sur quel genre d’activités ou d’emplois ou de secteurs qui sont plus vulnérables à créer des éclosions de COVID-19. Mais on sait aussi comment on peut faire fonctionner bien des secteurs de l’économie sans trop de préoccupations. »

Selon lui, il est tout à fait possible de maintenir les activités des entreprises du secteur manufacturier, malgré cette deuxième vague, d’autant qu’elles ont su s’adapter à la réalité de la pandémie en offrant de l’équipement de protection individuel aux travailleurs, en réorganisant les lieux de travail et en modifiant les quarts de travail, par exemple.

« Les manufacturiers à travers le pays ont démontré leur flexibilité, leur capacité d’innover […] en modifiant [leurs] façons de faire, en cherchant à innover pour passer au travers ces moments difficiles », a souligné M. Trudeau, dont le gouvernement s’est engagé dans son récent discours du Trône à créer plus de 1 million d’emplois au cours des prochains mois.

Signe que son gouvernement a aussi tiré des leçons économiques de la première vague, notamment les effets pervers de la Prestation canadienne d’urgence sur la recherche d’emplois, le premier ministre a souligné que les programmes d’aide aux individus comprenaient maintenant des mesures incitatives au travail. Les travailleurs qui n’ont pas retrouvé leur emploi reçoivent depuis quelques semaines des prestations bonifiées de l’assurance-emploi et peuvent gagner un salaire sans être lourdement pénalisés.

« Dans la deuxième vague, on veut encourager les gens à aller travailler de façon plus sécuritaire. Donc on passe par l’assurance-emploi qui a des incitatifs de retour au travail pour un travail à temps partiel, par exemple », a souligné M. Trudeau.

Pénurie de main-d’œuvre

Durant cette rencontre virtuelle, le premier ministre a répondu à une dizaine de questions de la part des participants, dont certaines portaient sur la pénurie de main-d’œuvre, qui était déjà un enjeu important au Québec avant la pandémie.

Si le taux de chômage est élevé, on ne trouve pas de travailleurs. Ce n’est pas une fiction, c’est une réalité.

Robert Bouchard, président-directeur général de l’entreprise Béton préfabriqué du Lac

À ce sujet, M. Trudeau a affirmé que son gouvernement voulait s’attaquer de front à ce dossier qui ralentit la croissance économique non seulement au Québec, mais dans plusieurs régions du pays. Il a dit estimer que l’immigration et la formation de la main-d’œuvre constituaient les principaux éléments de la solution la plus prometteuse. Toutefois, il a rappelé que le taux de chômage demeurait élevé à 9 % (il s’établissait à 13,7 % alors que la crise était à son comble, en mai) dans l’ensemble du pays et qu’il faudrait remettre d’abord et avant tout les Canadiens au travail.

M. Trudeau a d’ailleurs affirmé à plus d’une reprise que le gouvernement fédéral ne lésinerait pas sur les moyens pour soutenir les familles, les travailleurs et les entreprises « tant que cette crise de pandémie va durer ».

Non au protectionnisme

Durant la rencontre, M. Trudeau a écarté l’idée d’adopter des politiques protectionnistes pour encourager l’achat local et soutenir le secteur manufacturier en cette période économique difficile. Selon lui, une telle démarche pourrait s’avérer néfaste pour les intérêts du Canada, qui a conclu de nombreux traités de libre-échange avec des pays alliés afin de permettre aux entreprises canadiennes de trouver de nouveaux marchés. Même si on assiste à une montée du protectionnisme aux États-Unis, une telle politique économique serait malavisée.

« Je ne veux pas tomber dans le “Buy Canadian” et le protectionnisme. […] Un des avantages qu’on a, c’est justement qu’on est le seul pays du G7 qui a un accord de libre-échange avec tous les autres pays de ce groupe. On ne veut pas tomber dans le protectionnisme parce que ça va à l’encontre de l’avantage qu’on est en train de créer. »