(Ottawa) La gestion des risques économiques associés à la crise sanitaire est plus importante que jamais, car elle est une clef de la reprise et de la stabilité sociale, a fait valoir jeudi le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem.

Jordan Press
La Presse Canadienne

Dans une allocution prononcée jeudi matin en Ontario, M. Macklem a indiqué qu’une deuxième récession historique en un peu plus d’une décennie soulignait à quel point la gestion des risques du système financier est importante pour assurer la subsistance des Canadiens.

Le gouverneur a identifié quelques-uns des risques que la banque surveillera, notamment le nombre d’entreprises et de ménages qui ne peuvent pas faire face à leurs dettes et à leurs remboursements de prêts hypothécaires.

Les entreprises et les ménages ont reçu une bouée de sauvetage financière pendant la pandémie, notamment avec des reports de paiements hypothécaires, une baisse du taux directeur de la banque centrale et le versement de milliards de dollars dans des programmes fédéraux d’aide et de crédit.

Dans son discours destiné à l’Institut du risque mondial, M. Macklem a noté que les décideurs politiques devaient naviguer parmi les obstacles sur la voie du rétablissement, notamment ceux créés par la pandémie.

Le Canada a mieux géré la crise que de nombreux pays, a-t-il estimé. La culture de prudence du pays face au risque, rarement mise en valeur, a protégé l’économie pendant la crise financière il y a dix ans, et l’a aidée pendant la récession actuelle, a fait valoir le gouverneur.

Malgré tout, M. Macklem affirme qu’une incertitude accablante pèse sur l’économie canadienne et le pays dans son ensemble.

« La pandémie de COVID-19 n’a que trop clairement montré combien notre capacité à bien gérer les risques avait d’incidence sur notre bien-être », a affirmé M. Macklem dans le texte de son discours.

« Il n’est sans doute pas exagéré d’affirmer qu’à l’échelle du globe, la qualité de la gestion des risques exercera une influence grandissante sur la réussite et la stabilité de nos sociétés. »

Le discours du gouverneur Macklem intervient alors que le pays se dirige vers une deuxième vague attendue de COVID-19, avec une augmentation du nombre de cas, ce qui laisse planer la menace de nouveaux confinements pour les entreprises et les travailleurs.

Sans les mesures, des ravages plus étendus

Les confinements généralisés de mars et avril ont entraîné des chutes historiques sur le marché du travail, avec trois millions de personnes privées d’emploi et 2,5 millions d’autres qui travaillent moins de la moitié de leur nombre d’heures habituelles.

Le pays a récupéré environ les deux tiers des emplois perdus, mais M. Macklem estime qu’il faudra encore longtemps avant que les pertes d’emplois et les heures de travail ne reviennent à leurs niveaux d’avant la pandémie.

Les dépenses fédérales ont grimpé en flèche pour fournir une aide aux entreprises durement touchées et lancer une bouée de sauvetage aux Canadiens dont les revenus se sont effondrés. Le taux d’intérêt directeur de la banque a rapidement chuté à 0,25 % et y restera jusqu’à ce qu’une reprise soit bien amorcée.

Selon M. Macklem cet environnement de faibles taux d’intérêt aura pour effet d’obliger les sociétés d’assurance et les régimes de retraite à s’ajuster, et la trajectoire du taux directeur aura finalement un impact sur les vulnérabilités du système financier.

« Sans les mesures budgétaires et monétaires de soutien, la pandémie aurait pu faire des ravages économiques encore bien plus étendus », a souligné M. Macklem dans le texte de son discours.

« Il reste que la réponse énergique des pouvoirs publics, aussi nécessaire soit-elle, rendra l’économie et le système financier inévitablement plus vulnérables aux chocs économiques dans les années à venir. »

Mais ce n’est pas le seul risque contre lequel M. Macklem a mis en garde. Le gouverneur a aussi insisté sur les impacts à long terme du changement climatique sur le système financier et l’économie nationale.

Les risques physiques et financiers attribuables à une fréquence et une violence accrues des évènements météorologiques, y compris les dommages aux infrastructures et aux maisons, augmenteront presque certainement, a-t-il dit.

Les entreprises sont confrontées à des risques liés aux changements de revenus et de dépenses alors que le pays passe à une économie à faibles émissions de carbone qui doit être correctement gérée, a expliqué M. Macklem. Sinon, a-t-il ajouté, le changement climatique pourrait entraîner de lourdes pertes pour les institutions financières ou menacer la stabilité du système financier du pays.