(Washington) L’économie américaine a créé plus de deux fois moins d’emplois en septembre qu’en août, ce qui, bien que le taux de chômage ait reculé à 7,9 %, souligne la fragilité du marché du travail à un mois de l’élection présidentielle.

Julie CHABANAS
Agence France-Presse

Ces chiffres, publiés vendredi, sont les derniers qui le seront jusqu’à l’élection du 3 novembre, ce qui ne fait pas les affaires du président sortant Donald Trump. Se félicitant des records battus par Wall Street, le locataire de la Maison-Blanche met en avant, en campagne, son bilan économique pré-pandémie et se targue d’être le meilleur candidat pour redresser l’économie.

Les données montrent que les employeurs américains continuent à créer les emplois qu’ils ont supprimés au moment où la pandémie de COVID-19 a paralysé l’économie américaine mais à un rythme plus lent comparé aux mois d’été.

Quelque 661 000 emplois seulement ont été créés en septembre, contre 1,5 million en août.

Il s’agit de la « plus lente augmentation en quatre mois. Malgré une croissance relativement solide depuis le mois de mai, l’économie compte toujours 10,7 millions d’emplois de moins qu’avant la pandémie », souligne Kathy Bostjancic, analyste pour Oxford Economics, dans une note.

Et « les pertes d’emplois permanentes augmentent (par rapport aux pertes d’emplois temporaires, NDLR), accroissant le risque d’une plaie durable pour le marché du travail », prévient Rubeela Farooqi de High Frequency Economics.

Les femmes sont les grandes perdantes de cette crise aux États-Unis, où la majorité des écoles sont restées fermées ou accueillent les élèves la moitié du temps, contraignant souvent un parent à cesser son activité ou ne pas chercher d’emploi.

« Les femmes âgées de 35 à 44 ans, les plus susceptibles d’avoir des enfants d’âge scolaire, ont vu leur participation (au marché de l’emploi) baisser de 1,6 point, pour atteindre le taux le plus bas depuis 2014 », souligne l’économiste Julia Coronado, présidente de Macropolicy Perspectives.

« Cocktail toxique »

Le taux de chômage continue sa lente baisse, depuis que la pandémie de COVID-19 l’a fait bondir à 14,7 % en avril. Il est passé de 8,4 % en août, à 7,9 % en septembre, selon les chiffres publiés vendredi par le département du Travail.

C’est mieux qu’attendu, mais cela reste très loin des 3,5 % de février, avant la pandémie, lorsque le taux de chômage était à son plus bas niveau depuis 50 ans.

Il est encore difficile de savoir quel impact ces chiffres auront sur l’issue de la campagne présidentielle, qui a subi un coup de tonnerre vendredi avec l’annonce par le président Donald Trump que lui et sa femme avaient été testés positifs à la COVID-19.

Ils pourraient peser sur les discussions entre la Maison-Blanche et le Congrès sur un nouveau plan d’aide aux ménages et aux entreprises, jugé crucial par les économistes pour permettre à la première économie du monde de se relancer. Les premières aides avaient en effet largement soutenu la consommation.

Républicains et démocrates ont depuis deux mois échoué à trouver un accord, et les négociations ont repris cette semaine, après des mois au point mort.

Or, les aides apportées par le gigantesque plan de relance adopté fin mars par l’administration Trump et le Congrès prennent fin progressivement.

« La croissance de l’emploi ralentit au moment où les aides budgétaires (du gouvernement fédéral) expirent – un cocktail toxique », déplore encore Kathy Bostjancic.

Au total, 12,6 millions de personnes étaient au chômage.  

Comme en août, une partie des personnes licenciées temporairement a retrouvé un emploi. Environ 781 000 Américains rejoignent toutefois les rangs des chômeurs de longue durée – depuis plus de six mois –, qui sont désormais 2,4 millions.

L’économie américaine avait fortement rebondi à la fin du printemps, lorsque les mesures de confinement avaient été levées. Mais la recrudescence du virus, et les difficultés persistantes pour certains secteurs, comme le tourisme, rendent la reprise économique désormais plus lente.

Et en l’absence de nouvelles aides, les compagnies aériennes américaines ont déjà prévenu qu’elles allaient licencier massivement : American Airlines va licencier 19 000 personnes, sa concurrente United Airlines, 13 000. Disney va supprimer 28 000 emplois de son côté et d’autres grandes entreprises devraient lui emboîter le pas.