(Ottawa) Le gouvernement Trudeau pose le premier jalon de l’objectif qu’il s’est fixé de créer un million d’emplois. Il compte en générer 60 000 via un plan de 10 milliards $ sur trois ans qui sera chapeauté par la Banque d’infrastructure du Canada (BIC).

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Si le détail des cinq piliers dans lesquels Ottawa souhaite investir est nouveau, l’argent, lui, ne l’est pas. Car les 10 milliards $ annoncés jeudi font partie du budget total de 35 milliards $ sur 10 ans qui avait été alloué à la BIC lors de sa création, en juin 2017.

Mais voilà, le gouvernement Trudeau dit vouloir donner une nouvelle vocation à l’institution dans le cadre de son plan de relance post-pandémie. Et le patron de la Banque, Michael Sabia, a assuré qu’on était prêt à ouvrir les vannes.

Le plan prévoit 2,5 milliards $ pour les énergies propres, 2 milliards $ pour brancher 750 000 ménages et PME à internet haute vitesse, 2 milliards $ pour augmenter l’efficacité énergétique d’édifices, 1,5 milliard $ pour les projets d’irrigation agricoles et 1,5 milliard pour accélérer l’adoption d’autobus zéro émission.

« En investissant dans l’infrastructure, nous renforçons nos communautés et créons de bons emplois […] Nous continuerons à faire le nécessaire pour aider les Canadiens à traverser cette crise, ainsi que pour relancer notre économie en toute sécurité et redonner du travail aux gens », a déclaré Justin Trudeau.

Dans le discours du Trône qui a été présenté la semaine dernière, son gouvernement a signalé son intention de créer un million d’emplois, en grande partie via les mesures qu’il a l’intention de déployer dans la lutte contre les changements climatiques.

En conférence de presse à Ottawa, jeudi, la ministre de l’Infrastructure et ex-ministre de l’Environnement Catherine McKenna, a fait valoir que la BIC serait appelée à jouer un rôle important dans la relance post-pandémie.

Une institution critiquée

Le gouvernement Trudeau a lancé la Banque de l’infrastructure du Canada en 2017. L’idée était de mobiliser des fonds auprès de partenaires du secteur privé, en particulier de grands investisseurs institutionnels comme les fonds de pension, pour financer des « projets d’infrastructure transformationnels ».

La BIC a été critiquée pour les investissements relativement peu nombreux qu’elle a réalisés jusqu’à présent dans seulement neuf projets. Lors de la dernière campagne électorale, conservateurs et néo-démocrates ont promis de l’abolir s’ils prenaient le pouvoir.

Il était ainsi écrit dans le ciel que le chef conservateur Erin O’Toole accueillerait l’annonce glacialement.

« Ce que nous voyons n’est qu’une autre annonce répétée des libéraux, alors que les Canadiens luttent, que 90 % des petites entreprises n’ont pas accès aux programmes gouvernementaux et que nous entrons dans la deuxième vague de la pandémie », a-t-il pesté dans un communiqué, réitérant son intention d’abolir la BIC s’il est porté au pouvoir aux prochaines élections.

Son collègue du NPD, Jagmeet Singh, a fait écho à ces propos lors de la période en Chambre.

La Banque a investi 1,28 milliard $ dans le réseau de train léger automatisé du REM à Montréal et a promis jusqu’à 2 milliards $ pour étendre le service de GO Transit entre Toronto et Hamilton et jusqu’à 300 millions $ pour augmenter la capacité de manutention de conteneurs au port de Montréal.

Les autres investissements sont plus modestes. Par exemple, 55 millions $ ont été accordés à VIA Rail pour l’élaboration de plans pour un éventuel corridor ferroviaire à grande vitesse entre Toronto et Québec. Cette somme est surtout destinée à des services de consultation ou de conseil.

Michael Sabia, l’ancien dirigeant de la Caisse de dépôt et placement du Québec, a été nommé président du conseil d’administration de la Banque de l’infrastructure du Canada en avril au milieu d’une secousse des hauts dirigeants de la banque.

Il a annoncé jeudi qu’un directeur général allait être nommé sous peu.

Du côté de la Fédération canadienne des municipalités (FCM), le président Bill Karsten s’est réjoui « de l’attention accordée aux priorités municipales dans l’annonce », insistant sur le fait que « les municipalités de tout le pays joueront un rôle crucial dans la relance économique » et devront donc « être étroitement associées à la mise en œuvre de ces nouvelles initiatives pour renforcer les infrastructures locales ».

-Avec La Presse Canadienne