(Genève) La pandémie de coronavirus a accru la pression sur une Organisation mondiale du commerce déjà en crise, a estimé le candidat britannique à la tête de l’OMC, Liam Fox, avertissant que la crise pourrait signifier la fin du commerce international basé sur des règles.

Nina LARSON Agence France-Presse

Liam Fox, qui a dirigé le ministère du Commerce extérieur de 2016 à 2019 dans le gouvernement de Theresa May, craint que la pandémie pousse certains pays à tourner le dos au système commercial multilatéral prôné par l’OMC.

« La réaction de certains pays face à la COVID-19 va être de se réfugier dans le protectionnisme et de croire qu’ils deviendront plus forts en se fermant à l’économie mondiale », a-t-il déclaré à l’AFP.

« C’est le contraire qui est pourtant vrai », a-t-il assuré. « La COVID-19 pourrait bien donner le baiser de la vie au système commercial fondé sur des règles, si nous adoptons les bonnes politiques, ou le baiser de la mort si nous ne le faisons pas », a-t-il insisté.  

Le Brésilien Roberto Azevedo a quitté cette semaine son poste à la tête de l’OMC, un an avant la date prévue. Son successeur dirigera une institution qui était déjà confrontée à de multiples crises avant l’arrivée de la pandémie.

« Urgence »

En plein marasme économique mondial causé par la pandémie, l’organisation basée à Genève est enlisée dans des négociations commerciales interminables et n’est pas parvenue à réduire les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine.  

L’OMC a également fait face à de vives critiques de Washington, qui a menacé de quitter l’organisation dont il réclame la refonte, et paralyse depuis décembre le tribunal d’appel de son organe de règlement des différends.

L’institution devrait par ailleurs rester sans directeur pendant encore plusieurs mois, le temps que ses 164 membres trouvent par consensus un successeur à Azevedo.

Les candidats à sa succession ne manquent pas – ils sont au nombre de huit, dont trois Africains, deux Européens, deux Asiatiques et un Latino-Américain, et l’OMC a établi un calendrier électoral qui devrait durer environ deux mois. Mais les vives tensions internationales et la politisation croissante des élections à la tête des organisations internationales risquent de prolonger le processus de désignation.

Liam Fox juge qu’il y a une chance que le processus « soit ralenti » en raison de la politisation des débats, mais a souligné que les membres de l’OMC veulent se mettre d’accord rapidement.  

« Tous les problèmes auxquels le prochain directeur général sera confronté seront exacerbés par la crise de la COVID-19 », a-t-il déclaré, en soulignant que les pays comprenaient qu’il y avait « urgence » à trouver un nouveau patron à l’OMC.

Comme « Eurovision »

Liam Fox a également souligné qu’en tant qu’homme politique familier des élections, il trouvait le processus de sélection du chef de l’OMC – lors duquel les candidats sont éliminés au fur et à mesure selon un mécanisme consensuel – « très inhabituel ».

« Je le décrirais comme se situant quelque part entre le choix d’un pape et le concours Eurovision de la chanson », a-t-il dit sous forme de boutade.

Cet Écossais pro-Brexit de 58 ans, ancien médecin de famille, a insisté sur le fait qu’il était la bonne personne pour s’attaquer aux nombreux problèmes politiques auxquels l’OMC est confrontée, et qu’il pourrait aider à ramener Washington dans le giron de l’organisation.

Il a par ailleurs balayé les critiques selon lesquels ses chances de remporter la mise pourraient être compromises par la décision de la Grande-Bretagne de quitter l’Union européenne.  

La plupart des pays, y compris les nations européennes, considèrent que les défis du commerce mondial vont « bien au-delà de la question du Brexit », a-t-il assuré. « Ce sont des questions très grandes et importantes, qui sont devenues encore plus importantes avec l’urgence de la COVID-19 », a-t-il relevé.